Un demi-million d’euros d’argent libyen aurait été viré sur le compte secret d’un proche de Sarkozy

Un ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy s’est vu virer sur un compte secret aux Bahamas 440.000 euros depuis la Libye en février 2006, soit un an avant l’élection présidentielle en France, dévoile une enquête de Mediapart.
Sputnik

L’affaire des financements libyens semble connaître un nouveau rebondissement. En effet, selon des informations obtenues par Mediapart qui a consulté des documents bancaires, un proche de Nicolas Sarkozy a reçu en février 2006 presque un demi-million d’euros provenant de Libye.

Ce proche n’est autre que Thierry Gaubert, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly-sur-Seine puis à Bercy et intime de Brice Hortefeux, successivement ministre de l’Immigration, du Travail et de l’Intérieur. Le parquet a récemment requis à son encontre quatre ans de prison, dont deux ferme, dans le volet financier de l’affaire Karachi, celle de soupçons de commissions occultes sur des ventes d'armements. Il doit comparaître à nouveau, à partir du 2 décembre, devant le tribunal correctionnel de Paris, pour «fraude fiscale» et «blanchiment aggravé».

Implication d’un membre du clan Sarkozy

Ainsi, d’après les mouvements bancaires de plusieurs comptes de Thierry Gaubert, mis au jour par la justice, un versement de 440.000 euros a été effectué le 8 février 2006 sur un compte aux Bahamas par la société offshore Rossfield Limited. Pourtant, dans les relevés bancaires de Rossfield, qui appartient à l'intermédiaire Ziad Takieddine, le destinataire est masqué sous un nom de code. Une fois aux Bahamas, la somme a été réorientée dès le lendemain par Gaubert sur un compte tiers, non identifié à ce jour.

Vers l’ouverture d’une enquête après de nouvelles révélations sur un accusateur libyen de Sarkozy?
Rossfield, au cœur de l'affaire Sarkozy-Kadhafi depuis des années, venait pour sa part d’être créditée une semaine plus tôt de trois millions d’euros par le Trésor public libyen. Et Mediapart est parvenu à faire le lien entre l'argent reçu par Gaubert et celui émis par Takieddine.

«Ce n’est pas du tout ma version des choses. Je donnerai mes explications au tribunal», a déclaré à Mediapart l’ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, ajoutant qu’il ne s’agissait «pas du tout d’argent libyen».

C’est la première fois dans l’affaire libyenne qu’un membre du clan Sarkozy se trouve impliqué dans un transfert bancaire de Libye en relation avec des opérations qui ont précédé la présidentielle de 2007. En outre, la découverte de ce virement torpille l’un des axes de défense du clan Sarkozy selon lequel l’intermédiaire Ziad Takieddine aurait conservé les sommes reçues de la Libye pour des dépenses personnelles.

Entretien confidentiel

Qui plus est, le virement au profit de Thierry Gaubert a été réalisé un mois et demi seulement après une rencontre secrète à Tripoli entre Brice Hortefeux, alors ministre délégué aux Collectivités territoriales, et un dignitaire libyen de haut rang, Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi et chef du renseignement militaire. La rencontre s’était tenue sans le moindre officiel français, ce qui était du jamais-vu, constate Mediapart.

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Brice Hortefeux, actuellement placé sous le statut de témoin assisté dans l’affaire libyenne, n’a pas précisé la nature de cet entretien confidentiel et n’a évoqué que la question migratoire. Or, ni Hortefeux, ni Senoussi, ni Takieddine n’étaient en charge de ce dossier.

Joint par Mediapart au sujet du virement de Rossfield, Brice Hortefeux a déclaré qu’il «n’était pas au courant».

«Je suis un ami de Thierry Gaubert, mais pas au point de connaître le détail de ses revenus, de ses relevés, et de ses virements. Je n’ai aucun élément là-dessus, aucun!», a-t-il indiqué.

Mediapart ajoute que Thierry Gaubert est l’homme qui a introduit Ziad Takieddine auprès de Brice Hortefeux au début des années 2000.

L’ex-Président de la République Nicolas Sarkozy est mis en examen depuis mars 2018 pour «corruption passive», «financement illicite de campagne électorale» et «recel de détournement de fonds publics».

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