Ex-directeur du Mossad: «Garder intact l’accord de paix avec Israël est dans l’intérêt national de la Jordanie»

Le samedi 26 octobre a marqué le 25e anniversaire d’un «accord de paix» historique qui a mis fin à des décennies d’hostilité et de guerres sanglantes entre Israël et la Jordanie, mais les relations entre ces deux voisins se refroidissent à présent. Un ancien chef du Mossad a exposé à Sputnik sa vision de l’avenir des rapports jordano-israéliens.
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Signé le 26 octobre 1994, l’accord de paix entre Israël et la Jordanie n’est pas menacé en dépit des tensions et des désaccords entre ces deux pays voisins, a estimé dans un entretien accordé à Sputnik Ephraïm Halevy, ancien directeur du Mossad, qui avait joué un rôle central dans les négociations ayant abouti à la conclusion de ce traité historique.

Des fissures sont apparues

Il a toutefois reconnu que l'attitude de la Jordanie à l'égard d’Israël avait bien changé depuis.

«Les choses ont changé. La région a connu de nombreuses guerres et un afflux de réfugiés en provenance de l'Irak et de la Syrie voisins, se dirigeant vers la Jordanie et alourdissant l'économie jordanienne déjà en difficulté», a-t-il détaillé.

Et d’expliquer que l’espoir jordanien de stabilité dans la région avait disparu. Avec la seconde intifada, un soulèvement populaire parmi les Palestiniens, en Israël en 2000, les Jordaniens ont commencé à craindre que le bouleversement ne se traduise par un afflux de réfugiés palestiniens, ce qui affecterait l'économie jordanienne.

Des débris d'un missile inconnu trouvés en Jordanie après la frappe d'Israël sur la Syrie

Selon les observateurs, les conséquences de l'invasion américaine de l'Irak en 2003 n'ont pas non plus contribué à la stabilité. Après la disparition de Saddam Hussein, le vide a été rempli par des milices et groupes terroristes, et la Jordanie devait faire face à de violents conflits qui se déroulaient à ses frontières.

Bien que l’accord de paix entre Israël et la Jordanie soit parfaitement logique, principalement en raison de leurs intérêts communs, à présent, 25 ans après sa signature, il semble se fissurer, relèvent des médias.

Par ailleurs, ayant balayé plusieurs régimes, le printemps arabe de 2011 a amené les dirigeants jordaniens à conclure qu'ils devraient être plus attentifs à l'opinion publique. Comme 70% de la population jordanienne sont d’origine palestinienne et n’éprouvent que très peu de sympathie pour Israël, un accord de paix avec ce pays considéré comme un occupant des terres palestiniennes n’y a jamais suscité beaucoup d’enthousiasme, rappellent des analystes.

Quoi qu’il en soit, Ephraïm Halevy reste optimiste, constatant que la Jordanie a bien réussi à contenir ce ressentiment public.

L’accord de paix israélo-jordanien tiendra-t-il?

«Il est dans l’intérêt national, stratégique et militaire de la Jordanie de garder intact l’accord de paix avec Israël. Lorsque le Président Moubarak a été renversé en Égypte et que des foules en colère ont envahi l’ambassade israélienne au Caire, beaucoup craignaient pour l’accord de paix [de l’État hébreu, ndlr] avec l’Égypte, mais rien n’est arrivé, simplement parce que les intérêts nationaux de l’Égypte ont alors prévalu. Je pense que ce sera la même chose avec la Jordanie», a estimé l’ancien directeur du Mossad.

Il pense toutefois qu'Israël devrait faire des concessions pour maintenir de bonnes relations avec le royaume hachémite, principalement parce qu'une position de puissance militaire et économique confère à l'État juif davantage de capacité de manœuvre.

«Israël est plus fort que la Jordanie et en tant que tel, il devrait faire des ajustements et des concessions nécessaires pour que les choses fonctionnent», a résumé l’Israélien.
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