Erdogan considère-t-il sérieusement une option nucléaire pour la Turquie?

Ayant dénoncé le monopole «injuste» du club des cinq à la tribune de l’Onu, le Président turc vise à renforcer l’influence de son pays dans le monde et à défier les États-Unis, affirme une analyse de CNN qui cherche à comprendre si le pays songe à l’option nucléaire.
Sputnik

À quelques semaines du sommet de l’Otan et de son 70e anniversaire, les 3 et 4 décembre à Londres, l’alliance se trouve déstabilisée en raison d’un de ses alliés. La Turquie a en effet semé le trouble avec son opération contre les Kurdes en Syrie, au point que les États-Unis se déclarent prêts à lancer une opération militaire contre Ankara.

Dans une analyse, la chaîne CNN étudie non seulement l’éloignement de la Turquie des États-Unis et de l’Otan, mais encore la possible volonté de ce pays de se procurer des armes nucléaires, vu le dernier discours de M.Erdogan devant l’Onu.

Lors de ce discours, rappelle CNN, le Président turc a évoqué la question de la détention de l’arme nucléaire, faisant état d’«un problème d’injustice» et demandant à ce que tous les États du monde soient sur un pied d’égalité concernant ce sujet. Pour la chaîne américaine, Erdogan considère son pays comme «le pouvoir musulman prééminent au Moyen-Orient», capable de faire concurrence à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.

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En outre, la Turquie élabore avec l'aide de la Russie un programme électronucléaire, «mais elle est signataire du Traité de non-prolifération nucléaire et il existe tout un monde de différences entre énergie et armement», souligne le média.

Selon un responsable du Royal United Services Institute (RUSI) à Londres, à l’heure actuelle «il n’y a aucun signe tangible que la Turquie soit sur le point d’opter pour des armes nucléaires, ni que nous assistions à un changement substantiel de la politique turque de plusieurs décennies de ne pas opter pour elles.»

Ensuite, l’analyse mentionne l’«expansionnisme» du pays qui inclut une garnison au Qatar, un rôle naval croissant dans la mer Rouge, un soutien au gouvernement libyen contre les forces de Khalifa Haftar soutenues par les Émirats arabes unis et une grande base militaire en Somalie.

Sous le Président Erdogan, la Turquie «veut se considérer comme s’éloignant de l’Europe et s’imposant davantage au Moyen-Orient et plus à l’est afin de pouvoir jouer des situations à son avantage», a déclaré l’ex-conseiller à la sécurité nationale américaine H.R. McMaster.

«Fondamentalement, Erdogan voit le monde en termes de puissances concurrentes - les États-Unis, la Chine et la Russie - avec lesquelles la Turquie doit faire affaire à son avantage. Inévitablement, cela signifie un découplage de Washington», écrit le journal.

Discours à l’Onu

Le Président turc a présenté sa vision de la possession d’armes nucléaires alors qu’il prononçait mardi 24 septembre un discours à l’occasion de la 74e session de l’Assemblée nationale de l’Onu à New York:

«Aujourd’hui, nous faisons face à un problème d’injustice. Ceux qui possèdent l’arme nucléaire l’utilisent comme moyen de pression, menaçant ceux qui ne l’ont pas. Il faut soit l’interdire à tout le monde, soit la rendre accessible à tout le monde».

Ce sujet n’est pas abordé pour la première fois par Recep Tayyip Erdogan. Auparavant, il avait qualifié d’«injuste» le fait qu’Ankara soit privé de la possibilité de développer sa propre arme nucléaire. Selon lui, il n’existe «presque pas» de pays développés qui ne disposent pas de ce type d’arme.

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