La planète en péril vue par Stéphane Braunschweig à travers une pièce de Tchekhov montée en Russie

Interrogé par Sputnik, le directeur du Théâtre de l’Odéon, Stéphane Braunschweig, qui a monté une pièce de Tchekhov à Moscou, explique en quoi le dramaturge russe était visionnaire sur la déforestation et la destruction de la nature à la fin du XIXe siècle et quelle est la responsabilité de chaque individu dans la préservation de la planète.
Sputnik

«Des milliards d’arbres périssent. On détruit les retraites des bêtes et des oiseaux. Les rivières ont moins d’eau et se dessèchent. De magnifiques paysages disparaissent sans retour», autrement dit, «le climat est détraqué» - cette déclaration ne date pas d’aujourd’hui mais d’une centaine d’années.

Ce discours pertinent pour l’époque actuelle a été prononcé par un personnage de la pièce Oncle Vania d’Anton Tchekhov, récemment montée par Stéphane Braunschweig, directeur du Théâtre national de l’Odéon, à Moscou avec des comédiens russes. Dans une interview accordée à Sputnik, le metteur en scène français a révélé à quel point les sujets d’écologie et d’extinction des forêts évoqués il y a plus d’un siècle dans cet ouvrage, restaient toujours d’actualité, et ce que l’humanité devrait faire pour pallier à ce problème au niveau international.

«La destructivité de l’Homme»

Anton Tchekhov a pointé du doigt le problème environnemental et la déforestation massive à travers le personnage Astrov à la fin du XIXe siècle, qui «était déjà désespéré à cette époque», a affirmé Stéphane Braunschweig qui avait déjà mis en scène trois autres pièces de ce dramaturge russe.

Cependant, il ne s’agit pas simplement des résultats de l’impact écologique provoqué par l’activité humaine mais plutôt du rapport entre «la destruction de la nature et la destructivité de l’Homme», précise-t-il. À ce stade, il semble que le discours sorte des cadres réalistes du débat autour de cette problématique et tourne vers une interprétation philosophique.

Selon le metteur en scène, les rapports entre l’humanité et la nature évoqués par la pièce il y a 100 ans trouvent écho avec ceux du monde moderne, parce que l’Homme ne cessait de détruire la nature:

«Il [l’Homme, ndlr] a compensé ses faiblesses par son intelligence, par sa capacité de création, par sa capacité à créer des machines qui compensent sa fragilité. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, toutes ces machines détruisent. Donc, peut-être qu’on peut espérer que l’Homme va créer des machines qui ne détruisent pas et qu’il y ait un progrès, qu’on puisse réorienter le progrès et la recherche scientifique dans un sens de protection de l’environnement».

Un message adressé au public

Le metteur en scène trace un parallèle entre la perception de cette idée dans le monde contemporain et dans le petit groupe des personnages d’Oncle Vania qui «le [Astrov] prennent un peu à la légère. C’est un peu comme aujourd’hui quand on tient des discours écologiques et où on a les gens qui disent:"Qu’est-ce que vous racontez!"».

Bien que le spectacle ne soit pas militant, selon M.Braunschweig, qui «ne s’adresse pas au pouvoir» mais au public, il renvoie «une certaine image du monde réel». Non seulement de grandes entreprises polluantes ou des dirigeants mondiaux sont responsables de la crise environnementale actuelle mais «nous avons tous personnellement une responsabilité vis-à-vis de ce qui se passe au niveau planétaire», estime le metteur en scène en se référant au texte de Tchekhov.

Une contribution individuelle peut-elle aider?

Cette idée de l’impact anthropogène sur le climat et d’une responsabilité personnelle, qui avait été exprimée par Astrov, résonne avec certaines idées contemporaines sur une contribution individuelle dans l’amélioration de la situation écologique: «On peut faire comme Astrov, dire qu’on va faire des petites choses – planter un petit arbre, arrêter de boire dans des bouteilles en plastique – c’est bien déjà, cela participe d’une prise de conscience». Cependant, comme l’affirme Stéphane Braunschweig, «il ne faut pas être naïf»:

«Si les grandes puissances du monde – les États-Unis, la Russie, la Chine, le Brésil, l’Europe – ne se mettent pas ensemble à travailler contre cette destruction de la planète, ce n’est pas parce qu’on va boire dans des bouteilles en verre que cela va changer quelque chose.».

Une œuvre apolitique

L’artiste a exprimé l’espoir que cette démarche puisse «aider les puissances à comprendre qu’il faut agir». Cependant, il a souligné encore une fois qu’Oncle Vania, monté au Théâtre des Nations à Moscou, ne dépassait pas le cadre d’une création apolitique:

«Je ne suis pas un journaliste, je ne suis pas un homme politique, je ne suis pas engagé dans des associations. Je suis un artiste. Comme artiste, je dois porter un regard sur le monde et faire résonner ces thématiques pour le public.»

D’ailleurs, «si je voulais agir d’une manière politique, je ne ferais pas un spectacle», a-t-il précisé.

Le temps de réagir

Dans l’esprit de nombreuses déclarations scientifiques sur une catastrophe annoncée liée au réchauffement climatique et à l’impact humain sur l’environnement, le metteur en scène a conclu:

«Si on ne bloque pas maintenant un certain nombre de choses, on va aller très vite vers la destruction de la planète. Donc, il faut déjà ralentir ce mouvement, le temps d’inventer des choses qui nous permettront de nous sauver, peut-être pour quelques siècles.»

La première d’Oncle Vania s’est tenue le 13 septembre 2019 au Théâtre des Nations de Moscou, qui accueille différents metteurs en scène européens pour monter des pièces de théâtre avec des acteurs russes réputés et organise des festivals de théâtre russes et internationaux. Ce spectacle signé par Stéphane Braunschweig est programmé au Théâtre de l’Odéon à Paris en décembre 2019.

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