Groupe parlementaire franco-russe: «Il existe des sujets susceptibles de nous rapprocher»

Depuis plus d’un mois, Emmanuel Macron multiplie les gestes en direction de la Russie. Comment les parlements français et russes peuvent-ils aider à renouer le dialogue avec la Russie? Sur quels axes de travail? Sputnik France a posé ces questions à Michel Larive, vice-président du groupe d’amitié Franco-Russe à l’Assemblée Nationale.
Sputnik

Il n’y a pas eu de mise en scène avec un bouton «reset», comme ce fut le cas entre les ministres des Affaires étrangères russe et américain en 2012, mais les relations entre la France et la Russie semblent partir sur un nouveau pied.

Après l’invitation de Vladimir Poutine au fort de Brégançon avant le G7 et de nombreuses déclarations auxquels les derniers Présidents de la République ne nous avaient pas habitués, les ministres des Affaires étrangères et des Armées se sont rendus à Moscou pour rencontrer leurs homologues dans le cadre du format «2 +2». Un format de rencontre qui n’avait pas eu lieu depuis le début de la crise ukrainienne.

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«Je crois qu’il nous faut construire une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe, parce que le continent européen ne sera jamais stable, ne sera jamais en sécurité si nous ne pacifions pas et ne clarifions pas nos relations avec la Russie», expliquait Emmanuel Macron devant les ambassadeurs de France, quelques jours avant le G7.

La rupture est significative entre cette déclaration et celles du prédécesseur d’Emmanuel Macron, résolument atlantiste. Au niveau parlementaire aussi, les liens se retissent de part et d’autre. Caroline janvier, députée LREM, présidente du groupe d’amitié franco-russe à l’Assemblée nationale, a récemment manifesté l’intention d’organiser une rencontre entre parlementaires français et leurs homologues russes.

«Nous sommes prêts à rencontrer nos collègues russes, j’espère que cela se produira au début de 2020», a-t-elle déclaré, avant d’ajouter «La Russie est un acteur stratégique en Europe et au Moyen-Orient et un important négociateur pour la France et l’Union européenne.»

Un tel changement de direction soulève tout de même certaines interrogations: les contacts avaient-ils été rompus depuis le début de la dernière législature? Sur quelles bases le dialogue est-il rétabli? Afin d’y répondre et de comprendre les objectifs d’une potentielle rencontre, Sputnik France a interrogé Michel Larive, député La France Insoumise et vice-président du groupe d’amitié franco-russe.

Sputnik France: Depuis le début de la dernière magistrature, très peu d’échanges ont eu lieu entre parlementaires français et russes. Les contacts entre vos homologues russes et vous et ont-ils été maintenus durant cette période?

Michel Larive: «Tout d’abord, il convient de préciser qu’il y a eu une visite d’une délégation parlementaire française, à laquelle j’ai participé, à Saint-Pétersbourg en novembre 2017, dans le cadre de l’union parlementaire. Nous avions eu, durant cette visite, des rencontres bilatérales entre parlementaires. Il devait y avoir effectivement une commission parlementaire, à laquelle j’appartiens aussi, qui devait avoir lieu à Moscou avec nos homologues russes en juin 2018, mais celle-ci a été reportée pour des questions de politique intérieure française. En cause notamment, l’affaire Benalla.»

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Sputnik France: Quelle a été la nature de ces contacts durant cette visite?

Michel Larive: «L’idée était d’abord de rétablir les contacts et de pouvoir se parler franchement des problématiques internationales qui concernaient la Russie et la France. Nous avions, d’ailleurs, accepté d’entendre des critiques venant de Russie. C’est ce qui doit se passer entre deux partenaires qui essayent de travailler en bonne intelligence et se disent les choses.

Nous avions des sujets internationaux, tels que l’Ukraine, la Syrie ou encore la Corée du Nord, mais aussi des questions économiques et commerciales. Il convient de rappeler que la France est le troisième partenaire commercial de la Russie. Du temps de notre visite, fin 2017, il s’agissait cependant, essentiellement, de renouer le contact en prenant acte des positions respectives des deux parties.»

Sputnik France: Caroline janvier a annoncé qu’une possible rencontre entre parlementaires français et russes pourrait avoir lieu courant 2020. Quels pourraient être les axes de travail avec vos homologues russes? 

Michel Larive: «à mon avis, il y aura du travail, car il y a des points, notamment par rapport au droit international, qui seront très durs à démêler. Sur la Crimée par exemple, les lignes seront difficiles à bouger: intelligemment, il faudrait que la position française n’évolue pas. Il faut conserver une position sous couvert du droit international, pour pouvoir respecter la parole du concert des nations. À partir de ce moment-là, changer de position sur la Crimée poserait un problème de crédibilité pour la France au sein du concert des nations.

Il existe néanmoins des sujets susceptibles de nous rapprocher. Je pense notamment à la dédollarisation, qui est très imprimée en Russie, laquelle est le porte-drapeau de cette politique, et elle peut être très intéressante pour l’Europe et le reste du monde. L’Europe avait à un moment donné créé un espace commercial propre pour pouvoir s’affranchir des sanctions américaines décidées de façon unilatérale. La Russie avance dans ce sens, et c’est certainement quelque chose que nous pourrions exploiter en France et en Europe, afin d’avoir un commerce mondial plus libre des intentions américaines.»   

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Sputnik France: D’un point de vue plus personnel, quel est votre perception sur le réchauffement des relations entre la Russie et la France amorcé par le gouvernement en place?

Michel Larive: «Nous avons des relations avec la Chine, l’Inde et de nombreuses autres puissances et je pense qu’on ne peut pas faire l’économie des relations avec une grande puissance comme la Russie, mais aussi avec tous les pays du monde. La Russie, de surcroît, est aux portes de l’Europe, donc il n’y a vraiment pas de raisons de ne pas avoir de relations avec ce pays.

Additionnellement, ce pays participe à de nombreux mouvements commerciaux, d’actions de pensée, d’actions politiques qui traversent l’Europe. À partir de ce moment, on doit, nous Français, avoir des relations avec la Russie. Cela ne veut pas dire accepter tout ce que fait ce pays, notamment le gouvernement de M. Poutine. À titre personnel, je fais partie de la France Insoumise et en Russie, ceux qui nous ressemblent le plus sont en prison à l’heure actuelle, et pourtant je souhaite que nous ayons des relations avec la Russie. C’est une puissance et il faut en tenir compte.»

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