Y a-t-il une vie en dehors des GAFAM? Épisode I: les réseaux sociaux

Si les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) règnent en maître sur les applications numériques, ils font face à la redoutable concurrence de leurs alter ego chinois. Pour échapper à ce duopole, les alternatives existent pourtant. Dans une série de cinq articles, Sputnik les explore pour vous, en commençant par les réseaux sociaux.
Sputnik

Nouvelle interface Twitter, bugs de Facebook, suppressions parfois abusives de vidéos sur YouTube: qui n’a jamais pesté contre telle ou telle fonctionnalité récalcitrante ou modifiée de sa messagerie ou de son interface d’échange de vidéos?

Cependant, rien n’empêche l’internaute de tester d’autres services, qui disposent parfois de fonctionnalités augmentées et sécurisées. L’ensemble de la grande famille des réseaux sociaux est concerné par ces opportunités de découverte, auxquelles nous consacrons notre premier article d’une série de cinq, consacrée aux alternatives aux géants du numérique. Dans ce domaine comme dans ceux des moteurs de recherche, des navigateurs, des suites bureautiques et des systèmes d’exploitation, le choix est en effet plus ouvert qu’il n’y paraît de prime abord.

Le plus souvent, l’effet médiatique, l’habitude et une certaine paresse empêchent de basculer vers ces solutions moins connues qui le plus souvent, ne déméritent pas, voire innovent. Que l’on soit chef d’entreprise, responsable administratif ou simple particulier, tout un chacun peut et devrait faire sa «mise à jour» vis-à-vis des réseaux sociaux.

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Par réseau social, on entend un service de mise en relation de personnes connectées –mais aussi d’intelligences artificielles, le cas échéant– sur un programme leur permettant d’échanger textuellement, visuellement, auditivement et tactilement. Selon WeAreSocial, un cabinet de conseil, il y aurait eu en 2018 3,19 milliards de connectés aux réseaux sociaux, soit 42% d’une population mondiale estimée à 7,5 milliards d’individus.

Cette famille des réseaux sociaux ne cesse de s’élargir, elle dispose cependant d’une caractéristique commune: l’échange des données. Les premières places sont occupées par Facebook (avec FB Messenger), YouTube et WhatsApp. Pour écrasante que soit la proportion d’utilisateurs de ces outils numériques, elle n’en demeure pas moins localisée dans les pays dits occidentaux et affiliés.

La première alternative à ces mastodontes, toujours selon WeAreSocial, est WeChat, avec 980 millions de comptes (à comparer aux 2,16 milliards de Facebook). D’origine chinoise et provenant du conglomérat Tencent, WeChat est surtout un couteau suisse qui permet bien évidemment d’échanger des vidéos, des messages, mais peut aussi servir de plate-forme de paiement pour des produits particuliers ou même depuis quelques années régler des factures dans certaines localités. Une version a été spécialement développée pour fournir un CRM (Customer Relationship Manager) aux professionnels qui le désirent.

Autre produit Tencent, QQ. Avec 850 millions de comptes, cette plate-forme se présente comme l’autre géant chinois des réseaux sociaux, et à juste titre. Différence majeure: la possibilité de l’utiliser directement depuis un ordinateur et non exclusivement par mobile, comme son homologue précité. Précédés par Instagram et Tumblr, suivent QZone et SinaWeibo avec respectivement 568 et 376 millions de comptes enregistrés.

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Inutile de poursuivre l’inventaire pour constater le duopole États-Unis/Chine dans le domaine des réseaux sociaux: une réalité d’autant plus fascinante qu’elle est en elle-même une évolution de la situation de monopole des GAFAM depuis l’éclatement de la bulle Internet en mars 2000. Si les produits chinois ont d’abord été pensés pour répondre à un besoin interne et asseoir ce faisant une certaine souveraineté informationnelle propre à contenter les hiérarques de Pékin, ils se sont progressivement ouverts à l’étranger en proposant leurs services au monde entier. Ainsi francophones, hispanophones ou russophones peuvent tout à fait trouver satisfaction en optant pour ces alternatives issues de l’empire du Milieu.

Il faut avancer bien plus loin dans l’énumération dressée par WeAreSocial pour dénicher le service d’échange multimédia en ligne Viber (d’origine israélienne), la messagerie Telegram et l’alternative à Facebook VKontakte, ces deux dernières d’origine russe, pour enfin sortir de ce duopole. Une situation qui souligne de manière patente –et inquiétante– l’absence des Européens dans ce domaine.

Dans un tel contexte, qu’est-ce qui pourrait inciter les habitués des réseaux sociaux traditionnels, les GAFAM, à aller explorer ce côté… pas si obscur des réseaux sociaux? Plusieurs raisons peuvent inciter des individus ou des groupes d’individus à s’y intéresser:

·         L’esprit de découverte

·         La multiplication de sa propre visibilité vers de nouveaux publics

·         La volonté de communiquer en restant discret

·         Le souhait d’utiliser des services indisponibles ou imparfaits sur les autres plates-formes

·         Le souhait de rester discret en son propre pays

·         La volonté d’échapper à la censure de son propre pays

·         La commission d’infractions moins pénalisées que dans le pays de résidence

Pour être plus précis, il arrive que des usages pour une même plate-forme soient différents pour un public local et un public étranger: ainsi, Telegram est-il souvent employé comme messagerie chiffrée, mais en Russie, le service est très prisé des blogueurs qui disposent d’un canal public où ils sont suivis, puis parfois invités dans les émissions de télévision. De même que WeChat est utilisé prioritairement comme canal de discussion par les utilisateurs occidentaux, tandis que ses membres chinois l’emploient massivement comme banque mobile électronique, ce qui suscita par exemple l’ire d’Apple, en raison d’une application de paiement sur ses appareils qui fonctionne sans verser de commission à la Pomme sur les transferts d’argent.

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Cependant, ces plates-formes alternatives, pour populaires qu’elles soient mondialement ou régionalement, et intrinsèquement dotées de fonctionnalités remarquables, poursuivent des buts privés (collecte de données à visée commerciale) et/ou publics (collecte de données à visée de surveillance), avec un format propriétaire. Ce qui peut, logiquement, rebuter les plus sourcilleux quant aux aspects de sécurité et de confidentialité. D’où l’émergence de projets collaboratifs, sous licence libre, destinés à rassurer grand public et professionnels lors de leur navigation et échanges, non sans tenter de résoudre une quadrature du cercle, avec des arbitrages propres à chaque application, entre quatre facteurs: sécurité, connectivité, praticité, rapidité.

Pourtant, s’orienter dans la jungle des solutions généralistes ou spécialisées alternatives n’est pas chose évidente pour le béotien, d’autant que les moteurs de recherche propriétaires ont pour objectif de rabattre vers les outils les plus usités… et inquisiteurs. D’où la nécessité d’un peu de persévérance afin de s’extraire des requêtes ordinaires et balisées.

Y a-t-il une vie en dehors des GAFAM? Épisode I: les réseaux sociaux

C’est ainsi que vous pourrez découvrir plusieurs solutions en open source, y compris pour le public francophone, moins médiatisées, mais hautement performantes. Pour franchir le pas, il faut cependant être conscient que tous les réseaux commerciaux actuels fonctionnent selon les deux mêmes appâts: l’ego et le voyeurisme, alternativement au gré des usages. Et que les montagnes de données qui sont agrégées chaque minute servent à dresser un profilage de leurs membres d’une rare exactitude, lequel peut être mis à profit, outre pour du ciblage publicitaire, par les services de renseignement du monde entier, légalement par une obligation de coopération, illégalement par une intrusion maligne.

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Un exemple de ces alternatives en source libre est le réseau social d’origine américaine diaspora* (désignant à la fois une fédération de serveurs libres et une couche applicative liée à cet univers). Sur cette base, Framasoft propose un outil équivalent à Facebook nommé Framasphère. Les fonctionnalités sont peu ou prou identiques (nécessitant parfois une adaptation, comme pour tout basculement vers une nouvelle application). Framasphère permet même des échanges avec les autres réseaux commerciaux bien connus, mais surtout l’utilisation du réseau Tor ou la double vérification permettent d’améliorer la sécurité, la décentralisation des données et leur confidentialité. Le tout avec une certaine convivialité, puisqu’il est assez simple de classifier ses messages, de solliciter l’intervention d’un membre ou de procéder à une recherche ciblée. Si l’interface peut être assez spartiate, elle a l’avantage d’être rapide à charger et d’une certaine clarté. En outre, le perpétuel échange entre les développeurs et la communauté permet une amélioration constante du service.

Autre réseau social prenant de l’importance et toujours en mode libre, le service Minds. Celui-ci se définit comme un réseau social permettant de protéger votre anonymat et vos données personnelles, mais avec une nuance qui est l’esprit de récompense des membres actifs sous la forme de tokens (bien qu’il soit aussi possible de les acheter). Fait significatif: la fourniture de ces jetons provient de la blockchain Ethereum (connue pour sa cryptomonnaie Ether). Leur utilisation permet par la suite de produire des contenus publicitaires ou l’accession à certains contenus privilégiés (comme l’entrée à un club).

D’autres services réclament en revanche quelques manipulations expertes, tels Pump.io, qui est un protocole d’échange de données, mais implique d’installer un client (un logiciel activant le protocole entre le terminal et le serveur). Ce qui limite sa diffusion en dépit de qualités intrinsèques.

Des alternatives existent bien entendu pour YouTube (RuTube ou Metacafe par exemple), ou encore WhatsApp (Signal ou Threema). Comme pour toutes les autres, il suffit de chercher un peu… et de convaincre son entourage. Se croire prisonnier des GAFAM au sein des mailles sociales numériques est une illusion qui ne doit sa pérennité qu’à la paresse, au confort des habitudes et au conditionnement médiatique: penser différent, ce n’est pas penser futilement, mais pertinemment.

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