Après le cavalier seul de Macron au G7, une conférence de presse pour recoller les morceaux avec Trump

Trump et Macron vont donner une conférence de presse à l’occasion du dernier jour du G7 à Biarritz. Pour Emmanuel Dupuy, Président de l’IPSE, il n'y a «pas grand-chose» à attendre de cette intervention commune Présent à Biarritz, le spécialiste en relations internationales revient sur les désaccords qui auront marqué cette réunion.
Sputnik

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Troisième et dernier jour du G7 à Biarritz, qui doit fermer ses portes ce 26 août. À cette occasion, Emmanuel Macron et Donald Trump vont donner une conférence de presse, à 15 h 30. Pour Emmanuel Dupuy, président de l’IPSE (Institut Prospective & Sécurité en Europe) il ne faut pas s’attendre à «grand-chose» de cette prise de parole commune, «si ce n’est un certain nombre d’amabilités de part et d’autre.»

«Il faut avoir à l’esprit que les conseillers américains, notamment John Bolton, qui sont présents à Biarritz, sont furieux du fait d’avoir été pris au piège par la diplomatie française», souligne ainsi notre intervenant.

En effet, pour Emmanuel Dupuy, le Président de la République est bien loin d’avoir «réussi un coup diplomatique», comme le relate une bonne partie de la presse tricolore, en conviant le chef de la diplomatie iranienne à la reine des plages. Il rappelle en effet que Donald Trump avait clairement stipulé à Emmanuel Macron son opposition à une visite de Mohammad Javad Zarif, qui n’était donc pas si «surprise» qu’annoncé. à cela s’ajoute, pour les faucons américains,

«le sentiment que ce G7 est davantage un “G1” et que l’agenda du Président Emmanuel Macron s’est imposé en amont de la visite des 23 délégations qui se sont présentées à Biarritz», ajoute Emmanuel Dupuy.

Il évoque notamment les rencontres avant le début du sommet à Biarritz entre Emmanuel Macron et son homologue russe Vladimir Poutine au Fort de Brégançon le 19 août, celle avec le Premier ministre britannique Boris Johnson le 22 août à l’Élysée, ou encore avec le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, le 23 août, toujours au Palais présidentiel.

«Cela a son importance, car il semblerait que ce soit la Grèce qui puisse accueillir le bateau iranien qui avait été arraisonné dans les eaux de Gibraltar», relève Emmanuel Dupuy.

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À cet épineux sujet qu’est la crise iranienne, et où Emmanuel Macron comptait se positionner comme médiateur entre Washington et Téhéran, avant d’être contraint à un rétropédalage et «de dire qu’évidement aucun pays du G7, a fortiori celui qui préside la réunion, n’a de mandat à recevoir ou à obtenir de quiconque», il paraît évident pour le président de l’IPSE que «les choses vont être remises à plat» durant la conférence de presse.

Une conférence où Donald Trump pourrait également «mettre de l’eau dans son vin», concernant la manière dont il avait «fustigé les propositions françaises en matière de taxation sur les GAFA» et ainsi «apaiser la guerre des mots».

«Je ne crois pas qu’il faille s’attendre à davantage sur la question climatique. Bien évidemment la question de la lutte contre les inégalités, la mobilisation en faveur de la scolarisation des jeunes filles, de la lutte contre les exclusions et à priori contre les inégalités liées au genre sont évidemment des choses sur lesquelles il n’y a pas de grandes difficultés», estime Emmanuel Dupuy. «Elles tiennent compte des 79 recommandations émises par le Conseil consultatif du G7 contre les inégalités -présidé par les deux prix Nobel de la paix 2018 Nadia Murad et Denis Mukwege- présentées à Emmanuel Macron la veille du sommet», précise-t-il.

Absence de consensus sur les grands dossiers

Au-delà de la question iranienne, la Russie ne réintégrera pas le G7. Du moins, pas à l’occasion de la prochaine rencontre qui aura lieu à Miami l’an prochain.

Pour Emmanuel Dupuy, si Donald Trump et Emmanuel Macron ont défendu une réintégration de Moscou, qui en avait été exclu en 2014 après le rattachement de la Crimée à la Russie, c’était oublier les positions d’Ottawa, de Londres, de Tokyo, qui «ont clairement dit qu’il n’en était absolument pas question», sans oublier de Bruxelles qui faisait office de 8è membre de la réunion.

«Donald Tusk est allé plus loin, en estimant que s’il fallait élargir le G7 pour le retransformer en G8, ce n’est pas la Russie qui devait en faire partie, mais l’Ukraine. Donc on voit bien que cette question n’est absolument pas consensuelle et que ce n’était définitivement pas un acquis de ce sommet», relate Emmanuel Dupuy.

Un format G7 de plus en plus délégitimé

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Rappelant la diversité des agendas politiques des différents chefs d’État et de gouvernement présents, Emmanuel Dupuy souligne «quelques résultats» sur le sujet du développement grâce à l’invitation de plusieurs États Africains: le Sénégal, coprésident du Pacte mondial pour l’éducation, le Rwanda, l’Égypte et l’Afrique du Sud respectivement ancien, actuel et futur présidents de l’Union africaine. L’Afrique du Sud qui assure également la présidence des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Parmi les chefs d’États conviés, figurait également Sebastián Piñera, président du Chili, qui accueillera la Cop25 au mois de décembre 2019.

«Le résultat le plus concret c’est la promesse du soutien de la totalité des membres du G7 et plus précisément du Japon et du Canada, qui vont rejoindre les 12 pays de l’Alliance Sahel»,

une initiative impulsée juillet 2017 par la France et l’Allemagne afin de favoriser la stabilisation et le développement de la région. Pourtant, ces maigres résultats peinent à masquer la baisse de légitimité du G7:

«Lorsque le G5 a été créé en novembre 1975, il représentait les 2/3 de la croissance mondiale. Dans le format G7 actuel, il ne représente plus que 45% du PIB mondial, donc on voit bien que cette instance est aussi délégitimée par le fait qu’il y a d’autres instances de coordination: le G20, le G30, E11 ou l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui du reste se réunira le mois prochain.»

Étaient également conviées les grandes organisations internationales, telles que l’OMC, l’organisation internationale du travail, l’OCDE, l’Onu, la Banque mondiale, le FMI, l’Union africaine et la Banque africaine de développement. Un pas non négligeable aux yeux d’Emmanuel Dupuy, qui plus est à l’aune d’une future crise financière. Pour autant, cette multiplication des intervenants au sein du G7 ne fait que trahir la perte de vitesse du format au regard des autres formats qui ont émergé ces dernières années.

«Le Président Macron évoque maintenant l’idée d’un G10, qui engloberait l’Australie, l’Inde peut être demain le Mexique, peut être aussi la Russie, en mettant en avant le fait que les sept pays les plus industrialisés ne le sont peut-être plus autant que cela.»

Resterait alors l’inconnue de la Chine, deuxième puissance économique mondiale.

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