Au Canada, des ours noirs braconnés… pour leurs organes génitaux

Le Canada a découvert que des ours noirs étaient chassés sur son territoire pour leurs organes génitaux. La grande responsable? La médecine traditionnelle chinoise, qui y voit une source de virilité... En entrevue avec Sputnik, le porte-parole du ministère canadien de l’Environnement a affirmé qu’il avait à l’œil les braconniers.
Sputnik

Le braconnage a toujours existé au Canada, mais il y prend aujourd’hui une tout autre tournure. Récemment, une opération internationale de lutte contre les crimes liés à la faune a permis de faire la lumière sur un nouveau type de chasse au pays de l’érable. Baptisée opération Thunderball, l’enquête a établi que des ours noirs d’Amérique étaient chassés pour leurs organes génitaux. Menée par Interpol sur tous les continents, l’opération a aussi permis de découvrir 23 primates vivants, 440 défenses d’éléphants, 4.300 oiseaux protégés et 10.000 tortues. Des animaux dont la chasse est totalement interdite dans leurs écosystèmes respectifs.

Sur le territoire canadien, les équipes d’Interpol ont saisi une quinzaine d’os de pénis et plusieurs testicules d’ours noirs d’Amérique, une espèce emblématique du Canada. Les saisies ont été effectuées dans les provinces du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario et de Saskatchewan. Depuis 1992, une loi canadienne prévoit pourtant des peines très sévères pour les gens coupables de ce délit.

«L’ours noir est protégé par des législations provinciales et fédérales. Le ministère de l’Environnement et du Changement climatique met en application la Loi sur la protection d’espèces animales ou végétales sauvages. […] Cette loi sert, entre autres, à contrôler le transport illégal interprovincial et international des espèces sauvages. Les sanctions prévues pour avoir enfreint cette loi peuvent varier de 5.000$ à 12 millions de dollars CAD $ [8,2 millions d’euros, ndlr]. […] Des peines de prison sont également prévues par la loi», a précisé à Sputnik Samantha Bayard, porte-parole d’Environnement et changement climatique Canada.

C’est la médecine traditionnelle chinoise qui serait à l’origine de la demande pour les organes génitaux d’ours noirs. C’est du moins qu’a affirmé en entrevue avec le journal La Presse, Sheldon Jordan, le directeur général de l’application de la loi sur la faune du Canada. De fait, de nombreux articles et reportages ont déjà fait état de l’engouement d’une certaine clientèle chinoise pour les pénis et testicules d’animaux réputés. Après avoir été tués au Canada, les ours noirs –du moins certaines parties de leurs corps– seraient donc expédiés en Chine. Nous n’en savons toutefois pas plus sur la manière exacte dont fonctionnent les réseaux internationaux de braconniers.

«Les Chinois croient que l’on peut revitaliser certaines parties du corps en les nourrissant avec le même organe. […] Manger des pénis et des testicules rend un homme plus fort et lui garantit une vie sexuelle épanouie», expliquait le client d’un restaurant pékinois au média 20 minutes en 2013.

Même si cette espèce n’est pas en voie de disparition, la chasse illégale des ours noirs est prise très au sérieux par les autorités canadiennes. Selon le porte-parole d’Environnement et changement climatique Canada, tout est mis en œuvre pour prévenir cette pratique:

«Les opérations récentes à la frontière pour intercepter les parties d’ours noirs découlent directement des renseignements rassemblés par nos équipes à Environnement et changement climatique Canada […]. Nos efforts pour protéger cette espèce ainsi que les autres espèces canadiennes sont constamment ajustés selon la demande et seront nos priorités aussi longtemps que la situation l’exigera», a ajouté Mme Bayard dans son échange avec Sputnik.

Le braconnage lié au marché chinois est loin d’être un phénomène nouveau. En novembre 2018, après 25 ans d'interdiction, la Chine a autorisé à nouveau le commerce des cornes de rhinocéros sur son territoire. Selon la croyance, la corne de ce célèbre animal pourrait notamment prévenir le cancer. La volte-face de Pékin avait indigné de nombreux organismes de protection des animaux. D’après les chiffres du journal Le Monde, la médecine traditionnelle chinoise aurait généré environ 38 milliards de dollars américains en 2018 [34 milliards d’euros, ndlr]. Des acteurs du milieu de la faune parlent même du «lobby de la médecine traditionnelle chinoise». Un «lobby» que tente de freiner, dans la mesure du possible, les autorités canadiennes sur leur territoire:

«Le ministère de l’Environnement et du Changement climatique travaille en étroite collaboration avec ses partenaires nationaux comme l’agence des Services frontaliers du Canada, les agences de Protection de la faune et des ressources naturelles des provinces et territoires. Le ministère travaille aussi avec des partenaires internationaux comme Interpol et les pays importateurs concernés pour arrêter ce marché illicite», a mentionné le porte-parole canadien.

Cette nouvelle survient dans un contexte où les relations entre le Canada et la Chine sont au plus bas. Depuis l’arrestation à Vancouver de la haute dirigeante chinoise de Huawei, Meng Wanzhou, les deux pays sont à couteaux tirés. Malgré l’indignation des défenseurs des animaux, les responsables canadiens ne risquent pas de faire de cette histoire une priorité dans leurs échanges avec leurs homologues chinois.

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