«Il faudrait un fou pour mettre le feu aux poudres»: jusqu’où pourrait aller l’escalade dans le détroit d’Ormuz?

La situation concernant la navigation dans le Golfe et dans le détroit d’Ormuz va progressivement s’aggraver, mais il est peu probable qu’un conflit armé éclate parce que «tout le monde joue pour l’instant à la hausse», mais «il faudrait un fou pour mettre le feu aux poudres», ont déclaré des experts russes à Sputnik.
Sputnik

Il est peu probable qu’un conflit armé éclate dans le Golfe et le détroit d’Ormuz même si la situation va progressivement s’aggraver, notamment après la décision des États-Unis de lancer l’Operation Sentinel pour assurer la sécurité des principales voies navigables dans la région, estiment les experts questionnés par Sputnik.

«En effet, nous constatons une escalade [de la tension, ndlr], l’Iran joue à la hausse et montre qu’il n’a pas l’intention d’avaler l’affront des pays occidentaux. Il est difficile de dire où cela conduira», a déclaré Fiodor Loukianov, président du Conseil de politique étrangère et de défense.

«Ce n’est pas son style»

Un navire UK a essayé d'empêcher l'Iran d'arraisonner le pétrolier sous pavillon UK, selon un représentant des Pasdaran
«Mais imposer un blocus économique intégral contre l’Iran, y compris un blocus maritime dans cette zone, ce serait possible. Il faudra voir alors, premièrement, comment réagira l’Iran et, deuxièmement, si l’idée est soutenue par les alliés des États-Unis […] Il n’est pas évident pour le moment de trancher si cette action sera exclusivement américaine ou américano-britannique ou, par exemple, celle de toute une série d’alliés américains. Mais en principe, tout le monde joue pour l’instant à la hausse», a souligné Fiodor Loukianov.

Toutefois, selon ce dernier, Donald Trump n’a pas «l’intention de combattre, ce n’est pas son style».

Dans ce contexte, il a fait remarquer que l’arraisonnement par l’Iran d’un pétrolier dans le détroit d’Ormuz n’aurait pas d’impact sur l’accord sur le nucléaire, étant donné qu’«en gros, il n’existe plus de perspective de règlement».

Et l’accord sur le nucléaire iranien?

«Évoquer dans cette situation le retour à ces ententes semble très étrange. Le Royaume-Uni, comme tous les Européens, en parle, mais presque rien ne dépend de lui parce que faire quelque chose qui irait à l’encontre de la position américaine est possible pour lui en théorie, mais pas en pratique. Qui plus est, l’Iran clame de toutes ses forces qu’il ne respectera plus rien si cela continue», a-t-il noté.

Le spécialiste du Proche-Orient Alexeï Malachenko estime lui aussi que la tension dans la région sera maintenue par les deux parties, mais seulement jusqu’à une certaine limite.

«Je ne crois pas à un conflit militaire. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est une escalade, mais que pourrait-il encore se passer? Un conflit armé? […] Je n’y crois pas. Parce qu’il ne serait de l’intérêt de personne. Je dirais que les deux parties se taquinent. Et elles continueront parce que, dans un certain sens, c’est profitable à l’Iran pour montrer qu’il est capable de répondre aux défis et faire ce qu’il veut. Mais une guerre sérieuse ne lui profitera pas, même si elle n’est pas de grande envergure. Ce n’est pas profitable non plus aux Américains: comment vont-ils combattre? Ils ne peuvent quand même pas porter des frappes contre l’Iran», a-t-il expliqué.

Dans ce contexte, Alexeï Malachenko estime que la tension persistera, mais jusqu’à une certaine limite, car «tout le monde réalise qu’il ne se passera rien de sérieux comme ce fut le cas dans le Golfe».

«Il faudrait un fou pour mettre le feu aux poudres», a-t-il conclu.

La source du conflit

Le lancement de l’Operation Sentinel annoncé par les États-Unis a été décidé après le dernier incident dans le détroit d’Ormuz où l’Iran a arraisonné un pétrolier britannique, le Stena Impero, ainsi qu’après l’échange de piques entre Washington et Téhéran sur les drones abattus dans le secteur. La situation a commencé à se dégrader dès le printemps, lorsque les États-Unis ont officiellement désigné le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste étrangère, alors que Téhéran a riposté en qualifiant le Commandement central US d’organisation terroriste.

Le Stena Impero a été saisi quelques heures après la décision de la Cour suprême de Gibraltar de prolonger de 30 jours l'immobilisation le 4 juillet du Grace 1, un pétrolier iranien arraisonné par la police et les douanes de Gibraltar, assistées d'un détachement de Royal Marines britanniques, sur consigne des États-Unis.

Après l'épisode du Grace 1, le guide suprême de la Révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, avait notamment promis que l’Iran y répondrait «au moment et à l'endroit opportuns», sans donner plus de précisions.

Discuter