Quand le Macron français rencontre le Macron ukrainien

L'après-midi du vendredi 12 avril sera placée sous le signe de l'Ukraine pour Emmanuel Macron. Les deux candidats à la présidence, l'acteur Volodymyr Zelensky et le Président sortant Petro Porochenko, seront accueillis à tour de rôle à l'Élysée. André Filler a commenté cet évènement pour Sputnik France.
Sputnik

Neuf jours avant le scrutin ukrainien du 21 avril, l'Élysée prépare deux rencontres entre Emmanuel Macron et les deux candidats qui s'affronteront au second tour de l'élection présidentielle: le Président sortant Petro Porochenko et l'acteur Volodymyr Zelensky.
Vendredi 12 avril, à 18 heures, est prévu un rendez-vous entre Emmanuel Macron et Petro Porochenko.
Mais, quelques heures avant, à 15 heures, c'est Volodymyr Zelensky, le favori des sondages et encore débutant en politique, qui montera les marches du palais présidentiel. L'Élysée précise que M.Zelensky sera reçu en tant qu'«autre candidat qualifié pour le second tour de la présidentielle ukrainienne».

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Faut-il voir dans cet ordre de passage une sorte de «traitement de faveur» pour Zelensky? Pour André Filler, professeur à l'Institut français de géopolitique (IFG) à l'université Paris VIII, il ne faut pas «évoquer de raisons précises», tant que communiqué officiel de la rencontre n'a pas été publié. Seules des hypothèses à ce sujet sont admissibles.
Néanmoins,

«le Président Macron pourrait se reconnaitre dans la candidature de Volodymyr Zelensky, bien que les fondements sociologiques de leurs personnalités ne sont pas du tout les mêmes», a confié André Filler à Sputnik France.

Pour cet expert en politique, «il y a certainement la ressemblance d'images, au sens politique du mot, mais il n'y a pas d'affinités des parcours»

«C'est quelqu'un qui appartient à sa génération. On peut imaginer que le lien serait moins tronqué de ce point de vue que celui que le président de la République entretient avec Donald Trump, Vladimir Poutine ou Madame Merkel,» avance André Filler

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Il est vrai que physiquement, les deux hommes, tous deux âgés de 41 ans (Emmanuel Macron est né le 21 décembre 1977 et Zelensky, un mois plus tard, le 25 janvier 1978), présentent certaines similitudes. Ils n'ont tous deux pas suivi un parcours «classique» dans la politique, ce qui peut être interprété comme étant un atout dans la liberté de leurs choix politiques. Les deux partis que représentent les deux hommes voient le jour peu de temps avant le début de leurs campagnes présidentielles respectives: La République en marche et Serviteur du peuple (Sluha Narodu, en ukrainien), fondé en 2018. À noter que le parti qui soutient Zelensky porte le même nom que la série humoristique des années 2015 à 2019 et que le film de 2016 «Sluha narodu», dont le sous-titre est «L'histoire du prochain président», dans lequel Zelensky joue le rôle principal. Rien ne se perd, tout se transforme.
Pour notre expert politique, le fait de recevoir un «autre candidat» du premier tour des élections présidentielles n'a rien d'étonnant.

«Cette démarche s'inscrit dans la démarche française, de connaitre des challengers potentiels, confie à Sputnik André Filler. La France reçoit assez fréquemment des candidats forts, ayant une chance de gagner. Emmanuel Macron n'invente rien, il utilise les modelés de l'exercice de la magistrature suprême en France conçus par ses prédécesseurs.»

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Cette tradition perdure même lorsque la filiation politique du candidat n'est pas la même que la filiation politique du président du moment: «L'exemple, c'est la rencontre entre Barak Obama et Nicolas Sarkozy», rappelle André Filler.
Et, pour lui, une autre question se pose. Pourquoi rencontrer à l'Élysée les deux candidats à la présidence ukrainienne? Emmanuel Macron chercherait-il à «se distinguer du point de vue américain et du point de vue de celui qui domine l'Union Européenne, surtout au sein du bloc "de l'Est", fédéré autour de la Pologne et des États baltes où le soutien au Président sortant est inconditionnel».

«Il est important pour Macron de manifester une autonomie de la France par rapport à la tutelle européenne et à une sorte d'injonction, même tacite, venue des États-Unis, avance André Filler. Là, on est dans la tradition gaullienne, qui a été pratiquée par beaucoup de Présidents français, de maintenir une sorte d'indépendance des décisions dans la politique étrangère.»

Une façon, croit l'expert, pour Emmanuel Macron — qui se situe dans une situation extrêmement compliquée concernant les affaires internes du pays et «qui entame également sa campagne présidentielle de 2022» — de capitaliser sur l'arène internationale

«La politique étrangère a été absente du Grand débat. Ainsi, remettre la France au sein des négociations autour du conflit ukrainien pourrait être pour Macron une façon de gagner des points dans l'opinion publique française, difficile à courtiser après la crise des Gilets jaunes», conclut André Filler.

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Il a été reproché à Macron de venir des cercles de la finance. Il a été reproché à Volodymyr Zelensky d'être soutenu par l'oligarque Igor Kolomoyski. «Je ne suis pas un jouet de Kolomoyski», avait déclaré Zelensky. Pourtant, «Pour moi, Zelensky n'est pas une personnalité exceptionnelle, c'est un symbole. Un symbole d'un changement de générations. L'Ukraine n'a pas besoin d'un Zelensky unique, mais de millions de Zelensky», a déclaré l'homme d'affaires.
Cette nouvelle générationnelle qu'incarne Zelensky, plaira-t-elle outre-Atlantique? Kurt Volker, représentant spécial du département d'État américain pour l'Ukraine, qui avait précédemment déclaré ne soutenir aucun candidat en particulier pour la présidence ukrainienne, a changé de position avant le second tour des élections et expliqué pourquoi il fallait voter pour le Président sortant.

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