«Faire sauter la salle de classe à la dynamite», une comptine pas du goût des policiers

Le syndicat France Police–Policiers en colère a porté plainte contre l’Éducation nationale et le directeur d’une école primaire de Meurthe-et-Moselle. En cause? Le choix d’une chanson pour le spectacle de fin d’année, dont les paroles sont «une apologie du terrorisme» d’après Michel Thooris, patron du syndicat, qui s’est confié à Sputnik France.
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«Faire chanter à des enfants des paroles appelant à la haine des policiers et à l'apologie du terrorisme dans l'enceinte d'une école est totalement contraire aux valeurs de l'Éducation nationale et à celles de la République française.»

Michel Thooris, secrétaire général du syndicat France Police —Policiers en colère est… furieux. Son organisation a décidé de porter plainte contre l'Éducation nationale et le directeur d'une école primaire de l'Est de la France. En cause, les paroles d'une chanson initialement choisie pour le spectacle de fin d'année d'une classe de CE1 de l'école Jacques-Prévert de Ludres (Meurthe-et-Moselle).

Intitulée «Pour louper l'école» et créée en 2008 par l'artiste Guillaume Aldebert, très populaire dans le milieu pédagogique, elle propose un tas de solutions pour éviter de sortir sa trousse. Parmi elles, «[me] laver à l'eau de javel», «prier pour que les Martiens [m]'enlèvent sur leur planète» et pourquoi pas «faire le tour de la maison en pyjama pour chopper froid». Jusqu'ici, pas de problème. Le souci c'est que certains conseils sont plus radicaux comme «faire pipi sur un policier», «prendre en otage [ma] petite sœur» ou «faire sauter la salle de classe à la dynamite».

Opposition entre parents d'élèves

Comme le relate L'Est Républicain, un parent d'élève s'est ému de ce choix artistique en janvier dernier, quand il a entendu sa fille entonner les paroles polémiques. Il les juge, à l'instar de Michel Thooris, «contraires aux valeurs de la République telles que doit les promouvoir l'école». «Quand j'entends les paroles, je pense au gendarme Beltrame qui a sacrifié sa vie pour sauver une otage, à ce couple de policiers assassiné sous les yeux de ses enfants, à cette policière municipale tuée de sang-froid par un terroriste», a-t-il notamment déclaré, cité par le quotidien de l'Est.

Michel Thooris abonde dans son sens. Il dit avoir reçu un message sur la page Facebook de son organisation syndicale en provenance «d'une personne qui se présentait comme parent d'élève et demandait la position de notre organisation syndicale sur l'apprentissage d'une telle chanson dans une école primaire». Il livre son inquiétude, notamment par rapport aux conséquences pour son corps de métier:

«À sept ans, un enfant est comme une éponge. Il s'imprègne de ce qu'il reçoit des adultes. Plusieurs études montrent que c'est dans ces âges-là que se forme la future personnalité de l'enfant. Les mots qu'il entend venant d'adulte dont il respecte l'autorité tel qu'un enseignant vont la forger. Désacraliser ainsi la fonction de policier en riant du fait de faire pipi sur l'un d'eux, cela peut conduire à dévaloriser inconsciemment dans le futur la fonction de gardien de la paix.»

Le rectorat de l'académie de Nancy-Metz a défendu le choix de la chanson. Contacté par Le Figaro, il assure qu'elle a «précisément une visée pédagogique permettant de travailler autour du thème de "l'éducation au regard critique". L'étude des paroles tend à développer chez les élèves des savoirs, savoir-faire et savoirs-être tels que l'esprit critique, la prise de distance par rapport au texte et la dérision et l'ironie».

«Au nom de la liberté pédagogique, on laisse des bras cassés détériorer des enfants»

Des arguments que réfute totalement Michel Thooris:

«L'esprit critique nécessite une certaine maturité, de même que la compréhension du second degré. N'importe quel professionnel vous dira qu'un enfant de sept ans n'a pas la maturité nécessaire. Ce choix a été fait dans un cadre de divertissement et quand des enfants reprennent en chœur "faire pipi sur les policiers" cela faire rire tout le monde. Où est la volonté de débriefer derrière? D'expliquer que ces paroles ne sont pas à prendre au sérieux? Je pense que les autorités enseignantes prennent une posture et sont bien embarrassées par notre dépôt de plainte et la médiatisation de cette affaire. Elles tentent de justifier l'injustifiable.»

«Il n'y a ni appel à la haine ni à la violence dans ses textes, qui sont à lire au second degré et à prendre avec humour. Guillaume Aldebert revendique sa liberté d'artiste, tout comme il respecte la liberté de chacun et de chaque école d'utiliser ou pas ses chansons», a pour sa part indiqué l'entourage de l'auteur à L'Est Républicain.

​Michel Thooris s'en prend au corps enseignant qui a fait ce choix:

«Il est totalement inadmissible que des enseignants profitent de l'autorité qui leur est confiée par l'Éducation nationale et détourne de manière très pernicieuse la mission qu'ils ont d'éduquer une jeunesse et de la former aux valeurs de la République pour finalement véhiculer la haine des institutions.»

Au sein de l'établissement scolaire, la controverse a progressivement enflé. «Une seule famille s'est manifestée, son choix ne peut s'imposer à toute l'école, Aldebert est un chanteur reconnu, qui manie le second degré, retirer son texte serait de la censure», déclarait Virginie François, présidente de l'association des parents d'élèves de l'école Prévert, à nos confrères de L'Est Républicain. Un conseil d'école s'est tenu le 19 mars et d'après le quotidien, «les parents élus présents ont tous apporté leur soutien à l'équipe enseignante».

«Concernant les parents qui ne trouvent pas de problème à tout cela, eh bien écoutez, aujourd'hui, chacun placera le curseur de la morale là où il veut. Très clairement, l'intention de notre syndicat dans cette affaire n'est pas de se placer sur le terrain de la morale. Nous ne sommes pas là pour ça. Nous sommes là pour essayer de faire respecter le droit. Aujourd'hui, les mineurs sont particulièrement protégés en France. Et selon nous, des infractions ont été commises. Ces paroles n'ont pas leur place dans un cadre ludique. On ne rit pas du terrorisme et on n'appelle pas à la haine des policiers qui sont le dernier rempart qui assure la démocratie», explique pour sa part Michel Thooris.

Les «stylos rouges» emboîtent le pas aux Gilets jaunes et «gyros bleus»

D'après les informations de 20 Minutes, le rectorat a finalement décidé de ne plus faire chanter la sulfureuse chanson aux enfants, le tout «afin de préserver chacun des acteurs et permettre un retour au calme dans l'école». Une décision dont se félicite le patron de France Police —Policiers en colère:

«Si effectivement cette chanson a été retirée du spectacle de fin d'année, c'est une bonne chose. Selon moi, cela prouve la légitimité de notre démarche. Ce retrait signe un aveu de culpabilité.»

Mais selon le syndicaliste, la plainte est toujours d'actualité. «Nous avons ciblé trois infractions que sont la diffamation, l'incitation à commettre un crime ou un délit et l'incitation au terrorisme pour les paroles "prendre en otage ma petite sœur" ainsi que "faire sauter la salle de classe à la dynamite".» Il dit s'en remettre à la justice:

«Ces infractions ont, de notre point de vue, été commises. Il appartient dorénavant au parquet de donner suite. Nous agissons en tant que lanceur d'alerte dans un cadre statutaire. Nous avons toute confiance en la justice.»

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