Toujours plus de milliards pour le renseignement américain face à la Chine et la Russie

Le gouvernement américain s'apprête à augmenter le budget alloué aux services secrets pour les opérations en Russie et en Chine.
Sputnik

Le financement des services secrets américains pourrait augmenter de 6% et atteindre 86 milliards de dollars si le Congrès validait les nouveaux projets de budget présentés par le Pentagone et le Bureau du directeur du renseignement national. Ces fonds devraient notamment permettre d'améliorer la qualité des opérations d'espionnage, écrit le quotidien Kommersant.

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Selon le New York Times, cela concernerait en premier lieu l'acquisition de données par les satellites et les drones de renseignement, ainsi que les opérations à l'étranger. Comme les doctrines publiées par le renseignement américain en janvier présentent la Russie et la Chine comme la menace principale pour les intérêts de Washington, ces fonds supplémentaires devraient en grande partie être alloués à l'endiguement de ces pays. 

L'administration Trump a demandé d'augmenter le financement des services secrets civils et militaires de 6% par rapport à 2018, jusqu'à 86 milliards de dollars. Le Bureau du directeur du renseignement national demande 62,8 milliards de dollars, et le Pentagone sollicite 22,95 milliards. On ne sait rien de la destination de ces fonds car les deux institutions affirment qu'il est impossible de partager le moindre détail à ce sujet pour des raisons de la sécurité nationale.

Les exigences des services de renseignement ne cessent de se renforcer depuis 2016, mais les experts et les médias n'ont pas pu passer à côté d'une telle augmentation du financement. Ainsi, le budget du renseignement militaire des États-Unis n'a progressé que de 2,4% en 2018 par rapport à 2017, alors qu'il s'agirait ici d'une hausse de 7,6%.

Ce budget, qui devrait être adopté prochainement, reflète les nouvelles priorités de la communauté américaine du renseignement présentées fin janvier dans la nouvelle Stratégie nationale du renseignement. Cette dernière est publiée tous les quatre ans et reflète les priorités de l'administration dans ce domaine. Sa dernière mouture présente la Russie et la Chine comme les ennemis principaux de Washington. Ses auteurs estiment notamment que Moscou et Pékin «profitent de l'érosion de l'ordre mondial d'après-guerre et des tendance isolationnistes de l'Occident» pour «renforcer leur influence». La stratégie cite plusieurs domaines méritant une attention particulière: la cybersécurité, l'espace, l'intelligence artificielle, les nanotechnologies, ou encore les biotechnologies.

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La nécessité de renforcer le financement de la lutte contre la Russie et la Chine a été soulignée encore plus concrètement dans le rapport annuel «L'évaluation des menaces mondiales» rédigé sous la supervision du directeur du renseignement national Dan Coats et présenté fin janvier au Congrès américain. Ce texte indique que «Moscou et Pékin coopéreront pour s'opposer conjointement aux objectifs des États-Unis et de leurs alliés», et essaieront de «modifier ensemble l'ordre global en leur faveur».

Les États-Unis considèrent comme une menace le renforcement de la coopération entre les deux pays dans le domaine des télécommunications, de l'énergie et de la défense, leur promotion de la «priorité de la souveraineté par rapport aux droits de l'homme» et les «tentatives russes de concentrer tout le travail antiterroriste de l'Onu entre les mains du secrétaire général adjoint des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme, qui est un citoyen russe». Selon les auteurs du texte, la Russie reste la source la plus importante de menaces pour les États-Unis dans le domaine de la cybersécurité, des armes antisatellites et des armes de destruction massive, entre autres.

Le nouveau budget sera examiné dans un contexte difficile pour le Bureau du directeur du renseignement national: le Président américain a ouvertement exprimé sa méfiance envers ce dernier, car ses estimations diffèrent de celles des autres représentants de la communauté du renseignement.

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C'est notamment vrai au sujet de l'ingérence prétendue de la Russie dans la campagne présidentielle de 2016, qui s'est soldée par la victoire de Donald Trump. Le Washington Post a même cité fin février des sources à l'administration qui affirmaient que le Président envisageait de licencier Dan Coats à cause de son «manque de loyauté».

Selon Fiodor Voïtolovski, directeur de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales de l'Académie des sciences de Russie, le fait que la communauté du renseignement augmente ses demandes budgétaires ne signifie pas que Donald Trump s'est réconcilié avec cette dernière: «Il y a des tendances objectives à long terme, la nécessité de dépenser plus de fonds pour l'endiguement de la Russie et de la Chine. L'antipathie de Donald Trump envers telle ou telle personnalité n'a donc aucune importance dans ce domaine. Le Président américain suit la ligne dure du Parti républicain. L'augmentation du budget militaire concerne le renseignement, mais aussi tous les autres secteurs».

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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