Référendum? Macron «prêt à jeter son credo européiste à la poubelle pour sauver la face»

Selon le JDD, Emmanuel Macron songerait sérieusement à convoquer un référendum le 26 mai afin de tenter une sortie de crise des Gilets jaunes. La perspective de tenir un référendum vle jour des élections européennes ne plaît pas au Rassemblement national, actuel favori de ce scrutin. Jean Messiha et Thierry Mariani expliquent pourquoi à Sputnik.
Sputnik

La perspective d'organiser un référendum à l'occasion des élections européennes enflamme la classe médiatique et politique. Une perspective pourtant bien hypothétique, puisque la décision n'est «absolument pas prise», assure ce lundi 4 février à la presse Gilles Le Gendre- chef de file des députés de la majorité- au sortir d'un entretien avec le Président de la République à l'Élysée.

Un référendum pour répondre aux Gilets jaunes? Les enveloppes seraient déjà préréservées
Ce sont nos confrères du JDD qui ont divulgué ce projet. Titrant en Une sur le «référendum secret», Le Journal du Dimanche affirme que le Ministère de l'Intérieur aurait «pris langue en fin de semaine avec les imprimeurs et papetiers» afin d'être prêt dès le 26 mai. Preuve d'un état des choses plus avancé. Si des députés LREM approuvent la tenue d'un tel référendum, ils semblent cependant sceptiques sur la date qui pourrait être choisie: le jour même des élections européennes.

Sans surprise, le Rassemblement national, actuellement donné vainqueur aux Européennes par le dernier sondage OpinionWay-Tilder pour Les Echos et Radio Classique, ne se montre pas non plus séduit par l'idée.

«Le peuple français n'aura pas à s'exprimer, il aura simplement à valider un certain nombre de questions préalablement constituées pour lui,» réagit au micro de Sputnik Jean Messiha, membre du Bureau national et délégué national «Études et Argumentaires» du Rassemblement national (RN).

Fustigeant, une «manœuvre politicienne», Jean Messiha souligne la «mauvaise posture» d'Emmanuel Macron sur la scène intérieure, en pleine grogne des Gilets jaunes, battant «des records d'impopularité». Une crainte que partage Thierry Mariani, l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, troisième de la liste de Marine Le Pen pour le scrutin européen, qui redoute ainsi la tenue d'un référendum«approbatoire»,

«Ce serait une nouvelle forme de référendum où vous ne posez que des questions où vous êtes sûr que les Français sont d'accord. Par exemple, voulez-vous moins de députés, voulez-vous des quotas d'immigration —ce qui ne veut pas dire grand-chose, si après on ne met rien pour les respecter.
Il y a toute une série de questions que l'on peut poser et où la réponse sera oui, oui, oui et où Macron sortira avec un score, j'ai presque envie de dire, soviétique. Mais, en réalité où les Français n'auront pas la réponse à leur première préoccupation: comment augmenter le niveau de vie d'une partie de la population.»

«Opération de communication»: une ex-ministre de Sarkozy fustige le grand débat national
Pour l'ancien responsable politique LR, un tel référendum constituerait une échappatoire politique idéale pour le Président de la République. Une échappatoire sur laquelle revenait d'ailleurs plus en détail le JDD, qui évoque ainsi quatre «options» qu'aurait identifiées Emmanuel Macron: le «"Grenelle", sur le modèle de Mai-68», la dissolution de l'Assemblée, un remaniement ministériel «d'ampleur», et comme le dit si bien un «membre du premier cercle macroniste»: «la dernière option, c'est le référendum, et on y va».

Thierry Mariani revient également sur les dernières révélations de Mediapart concernant le «hold-up» effectué par l'Élysée sur le fameux Grand débat. Le média d'Edwy Plenel révélait, dans une enquête s'étalant sur 13 pages, «la lutte menée par Emmanuel Macron pour transformer l'initiative, selon le mot de Chantal Jouanno, en une "campagne de communication"». Média qui, apprenons-nous par ailleurs ce 4 février, a été ciblé par une perquisition dans le cadre de ses révélations sur l'affaire Benalla. Une volonté de la présidence d'«absolument garder la maîtrise de ce débat» qui inquiète l'ancien ministre sarkozyste.

«Il y a déjà plus de 500.000 contributions qui ont été déposées. Vous savez très bien que lorsqu'il y a 500.000 contributions qui sont déposées, ce qui est important, ce n'est pas ceux qui les déposent, mais ceux qui les choisissent.»

D'ailleurs, comme le souligne le JDD, «grâce au "rétroplanning" préparé place Beauvau, le Président pourra ajouter ou modifier des questions jusqu'au dernier moment.» Est-ce à dire que le Président pourrait inclure les préoccupations des Français qui émergeront du Grand débat? Rien n'est moins sûr selon nos confrères, pour qui le référendumv porterait surtout «sur des sujets institutionnels, comme la réduction du nombre de parlementaires, la reconnaissance du vote blanc ou la limitation du cumul de mandats dans le temps.»

En cas de référendum, Wauquiez prédit «un grand risque» pour Emmanuel Macron
Si ces questions ne sont pas au cœur des revendications exprimées sur les ronds-points, certains politiques estiment que le référendum pourrait s'avérer être un plébiscite contre le Président lui-même, à l'image de Philippe Juvin. Eurodéputé Les Républicains, il déclare au micro de nos confrères de Franceinfo que «si Emmanuel Macron perd ce plébiscite, il devra partir.»

Une transformation en plébiscite des référendums que désapprouve Thierry Mariani, qui souhaite plutôt un modèle à la Suisse: que les Français répondent plus souvent à de «vraies questions», en évitant de tomber dans le piège de se prononcer sur la politique générale du chef de l'État. L'ancien ministre souligne que les Français pourraient approuver certaines mesures de bon sens, mais que «cela ne voudra pas dire qu'ils veulent garder Macron».

«Pour des calculs politiciens de bas étage, à vouloir vider un vote européen qu'il est quasiment sûr de perdre […] il est prêt à jeter le bébé avec l'eau du bain et à jeter finalement tout son credo européiste, tous les enjeux de l'élection européenne, à la poubelle juste pour sauver la face de son gouvernement et de son pouvoir», insiste de son côté Jean Messiha.

Le cadre du RN fustige le «cynisme» du Président vis-à-vis des questions européennes. Une thématique à laquelle Emmanuel Macron est pourtant censé être particulièrement attaché. Quoi qu'il en soit, tout n'est plus qu'une «question de temps», selon Jean Messiha, qui regrette que le Président «joue avec le feu», concernant les fractures qui traversent la société française. «Si on joue avec, cela risque vraiment de dégénérer en des choses beaucoup plus graves», met-il en garde.

«La page incarnée par Emmanuel Macron se tourne. Le paradigme identitaire, souverainiste, du volontarisme politique prend partout place, l'un après l'autre, dans tous les pays, comme un jeu de dominos et seul le domino français —incarné par Emmanuel Macron- résiste encore. Et Emmanuel Macron fait tout pour perpétuer son pouvoir, envers et contre l'Histoire et envers et contre la géopolitique,», développe Jean Messiha.

«Je crois qu'aujourd'hui Macron ne se préoccupe plus du scrutin européen, il s'occupe de sauver sa majorité, surtout de sauver lui-même» estime également Thierry Mariani, qui tient à rappeler qu'Emmanuel Macron avait changé le mode de scrutin des élections européennes, un détail que «tout le monde a oublié», mais qui pourrait avoir des conséquences sur les chances de la majorité de l'emporter. «Il ne faut jamais y toucher, en général cela se retourne contre ceux qui font ce genre de manœuvre,» souligne-t-il.

«Gâcher ce scrutin européen en occultant pour la première fois sa vraie importance, ce serait une faute, ou alors monsieur Macron ne veut pas que les Français puissent s'exprimer librement sur un sujet qui compte, à savoir l'avenir de l'Europe,» met en garde Thierry Mariani.

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