Ces soldats russes qui se sont battus pour la France en 14-18 et dont «on ne parle pas»

L’histoire de la 1ère brigade russe envoyée en France lors de la Première Guerre mondiale captive les descendants de ces héros méconnus. Marie Bellegou, petite-fille du soldat Fiodor Mamontov et fondatrice de l’association Michka 16-18, s’est confiée à Sputnik à l’approche des 100 ans de la fin de la Grande Guerre.
Sputnik

Bien que le sujet soit rarement abordé en France, les descendants de militaires russes venus en France lors de la Première Guerre mondiale ont «vraiment envie de rendre hommage à ces soldats», estime Marie Bellegou, petite-fille de Fiodor Mamontov, enrôlé en janvier 1916 dans la 1ère brigade spéciale appelée à combattre en France. Sputnik a pu l'interroger lors de la conférence «La Russie et la France: un lien vivant des générations» qui s'est tenue ce mardi 9 octobre à Moscou à l'approche du centenaire de la fin de la Grande Guerre

«Justement, comme on n'en parle pas en France et apparemment en Russie non plus, on a vraiment envie de rendre hommage à ces soldats qui sont quand même venus et qui ont fait des milliers de kilomètres pour venir se battre en France», affirme-t-elle.

Marie Bellegou, petite-fille du soldat Fiodor Mamontov
Avec son frère, Mme Bellegou a fondé l'association Michka 16-18 Recherches historiques et mémoire des brigades russes en France, afin de partager les résultats de leur recherche sur la 1ère brigade russe en France.

«[Il y a] un petit groupe de descendants qui ont le désir et l'envie de rendre hommage à leurs grands-pères ou arrière-grands-pères en France», précise-t-elle, en indiquant qu'il ne s'agissait que de «peu de personnes».

Lors de la conférence, Marie Bellegou s'est prononcée sur le parcours de son grand-père Fiodor Mamontov, arrivé en France début 1916 et ayant participé aux «combats et à aux offensives meurtrières du mois d'avril 1917 dans le secteur de Reims, notamment la bataille de Courcy-Brimont».

Démobilisé fin 1919, il s'est ensuite installé en France avec la grand-mère de Mme Bellegou. Il n'a jamais revu sa patrie ni sa famille russe.

Marie Bellegou raconte qu'avant la mort de son grand-père, elle savait peu de choses de son passé.

«En famille personne ne parlait de son passé. C'est, bien sûr, notre grand regret. Son histoire n'a été découverte qu'après sa mort. Depuis pour lui rendre hommage, l'hommage qu'il mérite, avec mon frère Ivan on continue les recherches pour essayer de retracer son parcours en Russie», explique-t-elle.

Le nom de l'association qu'ils ont fondée, Michka signifie «ourson» en russe. Selon la Société militaire et historique russe, il s'agit du symbole des soldats du corps expéditionnaire russe en France qui avaient amené en France un vrai ours brun devenu la mascotte du Corps expéditionnaire russe en France.

Début octobre, Marie Bellegou a participé à une campagne caritative de la Société militaire et historique russe, dans le cadre de laquelle plus d'une centaine d'oursons en peluche ont été offerts aux enfants des orphelinats de la République russe de Bachkirie.

Ourson, la mascotte du Corps expéditionnaire russe en France
Ces dernières années, de nombreux efforts ont été faits afin de faire la lumière sur l'histoire de la 1ère brigade russe et de rendre hommage à ses soldats méconnus. Les fouilles archéologiques réalisées à Cormicy par des chercheurs russes et français ont permis de découvrir les ossements d'un soldat inconnu russe ainsi que de multiples objets dont des casques militaires, des couteaux, d'anciennes armes, des outils de tranchées, des bouteilles, des cuillères et même des briquets.

En 2015, la Société militaire et historique russe avait inauguré à Courcy un monument du sculpteur russe Alexandre Taratynov représentant un soldat russe portant dans ses bras une petite fille française et un ours en peluche.

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