Les propos d’Hollande sur la vente de Rafale à l’Inde ne rendent «service à personne»

Alors que François Hollande a évoqué à Mediapart le choix controversé du partenaire indien dans le cadre du contrat sur la vente de 36 Rafale à l’Inde en rejetant toute implication des autorités françaises, le secrétaire d'État français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, a critiqué à l’antenne de Radio J cette déclaration.
Sputnik

Vendredi, François Hollande a donné à Mediapart des détails sur la vente de 36 avions de chasse Rafale à l'Inde en 2016 en rejetant toute implication des autorités françaises dans le choix de l'interlocuteur de l'avionneur français Dassault.

«Nous n'avions pas notre mot à dire»: Hollande sur la vente de Rafale à l’Inde
«Nous n'avions pas notre mot à dire à ce sujet. C'est le gouvernement indien qui a proposé ce groupe de services et Dassault qui a négocié avec Ambani […]. Dassault s'est retrouvé avec Reliance sans que le gouvernement français ait été consulté», a expliqué M. Hollande.

Cependant, ces propos ont suscité une grande polémique en Inde et sont même susceptibles de mener à la démission du Premier ministre indien.

Dans ce contexte, Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d'État français aux Affaires étrangères, a condamné sur les ondes de Radio J les propos de l'ancien chef de l'État français.

«Je trouve que cette petite phrase prononcée à l'étranger, s'agissant de relations internationales importantes entre la France et l'Inde, ne rend service à personne et ne rend surtout pas service à la France», a déclaré M. Lemoyne.

Il a en outre souligné la portée et les conséquences des révélations de M. Hollande non seulement sur les relations bilatérales mais également sur la situation politique globale en Inde.

«Parce qu'on n'est plus en fonction, porter atteinte quelque part au partenariat stratégique entre l'Inde et la France en tenant des propos qui manifestement suscitent la polémique en Inde n'est pas à la hauteur de la situation», a poursuivi Jean-Baptiste Lemoyne.

Vendredi 21 septembre, François Hollande a rejeté dans une interview accordée au média en ligne Mediapart toute implication des autorités françaises dans le choix de la société indienne Reliance Group, dirigée par le milliardaire Anil Ambani, en tant qu'interlocuteur de l'avionneur français Dassault dans le cadre du contrat portant sur la vente de 36 Rafale à l'Inde.

L'ancien Président français semble ainsi se défendre de tout possible conflit d'intérêts avec Reliance Group, qui a partiellement financé en 2016 un film de sa compagne Julie Gayet. Il a également déclaré ignorer si le gouvernement indien avait influencé le choix du partenaire.

L’achat de Rafale français par l’Inde se retrouve au cœur d’un scandale
Dassaul Aviation, qui après la finalisation de l'achat des Rafale a créé une coentreprise avec Reliance Group en y investissant plus de 100 millions d'euros, a confirmé les déclarations de M. Hollande. Dans un communiqué publié sur son site, l'avionneur français a expliqué que le partenariat avec le groupe indien Reliance était «le choix de Dassault Aviation».

Après la publication de l'interview de François Hollande, l'opposition indienne, qui réclame depuis des mois des explications sur le choix de Reliance au détriment d'Hindustan Aeronautics, la société aéronautique publique qui produit des avions depuis des décennies, pour l'essentiel sous licence russe, a appelé le Premier ministre du pays Narendra Modi à démissionner.

Auparavant, des membres du Bharatiya Janata Party, au pouvoir, avaient qualifié le contrat sur l'achat des chasseurs de Dassault de «plus grosse arnaque de l'histoire en matière de défense», en notant que le prix des avions avait doublé depuis la conclusion du contrat.

Le gouvernement indien a approuvé en 2016 l'achat de 36 avions de chasse du constructeur français. Ce contrat, aboutissement de presque un an et demi de rudes négociations entre Paris et New Delhi, représentait la plus grosse commande à l'exportation pour les Rafale du constructeur Dassault.

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