Donald Trump énonce son verdict à l'Europe

La perte des projets en Iran pourrait coûter des dizaines de milliards de dollars aux entreprises européennes.
Sputnik

Les sanctions anti-iraniennes des États-Unis sont entrées en vigueur, et Donald Trump a fixé un ultimatum: personne ne pourra faire des affaires à la fois avec les USA et l'Iran. Selon lui, tel est le visage de la lutte pour la paix dans le monde entier. L'UE se révolte: elle a mis en application un règlement de blocage qui interdira de facto aux compagnies européennes d'obéir aux exigences américaines. La perte des projets en Iran pourrait coûter aux entreprises des dizaines de milliards de dollars. Mais ce n'est pas le préjudice économique qui inquiète Bruxelles: selon les experts, l'Europe ne veut pas abandonner la fameuse entente nucléaire. Certains analystes avertissent que les entreprises européennes pourraient ne pas entendre les arguments de Bruxelles en faveur de l'Iran.

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La haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de défense Federica Mogherini a appelé les entreprises européennes à intensifier les échanges et la coopération économique avec la République islamique.

«Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour que l'Iran ne se retire pas du Plan d'action global commun sur le programme nucléaire iranien, pour que l'Iran continue d'être économiquement bénéficiaire de cet accord, parce que nous sommes convaincus que cela correspond aux intérêts en matière de sécurité non seulement de notre région, mais également du monde entier», explique-t-elle.

Mais on rapporte déjà que certaines compagnies européennes préfèrent ne pas attendre les amendes des USA. Le constructeur automobile allemand Daimler a ainsi annoncé la suspension de son «activité déjà limitée en Iran — conformément aux sanctions en vigueur».

«Nous continuons de suivre attentivement les événements politiques, notamment vis-à-vis du futur accord nucléaire», a déclaré la compagnie. Sachant que le groupe a motivé sa décision par un argument économique: «L'économie iranienne et, par conséquent, les marchés automobiles, se développaient plus lentement que prévu.»

Plusieurs géants européens (et pas seulement) avaient déjà évoqué leur éventuelle sortie d'Iran dans le secteur automobile, aéronautique, pétrolier, gazier, des transports, etc. «Les compagnies et les banques européennes pourraient préférer respecter l'embargo de Washington contre l'Iran, parce que les amendes américaines dont elles pourraient faire l'objet pour la poursuite des affaires en Iran seraient asymétriques par rapport aux capacités de l'UE en termes de compensations financières», estime une source diplomatique de Bruxelles.

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Les sanctions américaines contre l'Iran représentent un «test de la disposition de l'UE à rester un vassal des USA», explique Vladimir Fitine, directeur du Centre du Proche- et Moyen-Orient à l'Institut russe de recherches stratégiques. Selon lui, le soutien promis est plutôt d'actualité pour les petites et moyennes entreprises, mais «les grandes compagnies comme Total ou Peugeot ne prendront pas le risque de perdre leurs affaires aux USA pour l'Iran».

La part de l'Iran dans les échanges européens est incomparable avec celle des États-Unis. Selon Eurostat, en 2017 les USA représentaient presque 17% de l'ensemble des échanges avec l'Europe, soit plus de 630 milliards d'euros. Les USA qui sont le principal partenaire commercial de l'UE, juste devant la Chine. En troisième place, avec un retard notable, se trouve la Russie. Alors que l'Iran, selon les données officielles et les experts, représente moins de 1% des échanges avec l'UE, soit un peu plus de 20 milliards d'euros.

Ces chiffres font clairement ressortir avec qui il est économiquement justifié, pour l'UE, de conserver des relations amicales. «L'ampleur des affaires en Iran est largement inférieure à celles qui se déroulent aux USA. C'est pourquoi la plupart des compagnies renonceront certainement à leurs liens économiques avec l'Iran», pense Sergueï Khestanov, maître de conférences à l'Académie russe de l'économie nationale et du service public auprès du président russe.

Il est toutefois difficile de qualifier l'abandon des projets iraniens de complètement indolore pour les entreprises européennes. A en juger par les estimations des experts interrogés, le retrait forcé d'Iran pourrait coûter des dizaines de milliards de dollars aux entreprises — difficile d'évaluer le préjudice total plus précisément pour l'instant.

«Les entreprises européennes ont signé des contrats pour plusieurs milliards d'euros avec les partenaires iraniens», déclare Alexeï Antonov, analyste chez Alor. Leur rupture unilatérale représenterait un manque à gagner, une perte d'investissements et une responsabilité financière pour non-respect du contrat. «A titre de comparaison on peut citer Total, qui a conclu l'an dernier avec l'iranienne NIOC un contrat de 4,8 milliards de dollars, dont 1milliard de dollars dès la première étape de réalisation, c'est-à-dire une somme que Total ne pourra plus récupérer», indique l'expert.

La danoise Maersk est en tête dans le domaine du transport du pétrole iranien sur le marché européen, «dont les cargos naviguent activement entre les ports européens et iraniens, assurant une grande partie des exportations iraniennes — ni plus ni moins 2 millions de barils par jour», poursuit Alexeï Antonov.

Ce n'est pas demain que nous apprendrons les sommes exactes des pertes des entreprises européennes en Iran, voire jamais, souligne Sergueï Khestanov. Parce que les compagnies ne veulent pas attirer l'attention sur ce fait: «Elles prendront toutes les mesures pour que cela ne soit pas trop médiatisé».

«Le principal domaine de coopération entre l'Iran et l'UE est le secteur pétrolier et gazier, qui représente presque 90% des importations en provenance d'Iran en 2017. La majeure partie des exportations de l'UE en Iran (51%) porte sur les équipements, essentiellement pour l'industrie pétrolière et gazière. Autrement dit, près de 70% des échanges entre l'UE et l'Iran sont liés au pétrole», ajoute l'analyste de Freedom Finance Alen Sabitov. Par conséquent, la question relative à l'abandon du pétrole iranien par l'UE se pose sérieusement. «L'Iran est l'un des plus grands exportateurs d'hydrocarbures sur le marché européen. Dans les conditions de l'accord Opep+ les acteurs du marché ne pourraient pas, même s'ils le voulaient, compenser 2 millions de barils par jour», avertit Alexeï Antonov.

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Сertains experts pensent tout de même que les entreprises européennes essaieront de trouver un moyen de contourner les sanctions américaines — notamment en sachant qu'elles risquent des sanctions de Bruxelles. «Tout dépendra de l'efficacité de la récente initiative de transférer les paiements pour les hydrocarbures en euros au lieu du dollar, et de savoir si les compagnies européennes pourront optimiser le travail avec l'Iran. Il pourrait s'agir, par exemple, de la création de nouvelles personnes morales qui commenceront à travailler avec l'Iran et ne seront pas du tout liées aux entreprises européennes aux USA», déclare Nikita Issaev, directeur de l'Institut de l'économie actuelle.

Par ailleurs, d'après les explications des experts, Bruxelles n'est pas du tout préoccupé par le préjudice économique qui pourrait être infligé aux entreprises européennes en Iran, ni même par la recherche de nouveaux fournisseurs pétroliers. Son motif d'inquiétude est différent. «Il s'agit plutôt d'un signal politique envoyé à Washington sur la possibilité de mener une politique indépendante à des moments de divergences fondamentales avec Trump. L'accord nucléaire mis au point pendant dix ans est très important pour tous ses acteurs, et les parties n'ont pas l'intention d'y renoncer en un jour à cause des promesses électorales de Trump», explique Alen Sabitov.

Le ministère russe des Affaires étrangères a commenté ainsi la situation liée à l'Iran, les USA et l'UE: «Nous poursuivons, avec d'autres acteurs responsables du Plan d'action, l'élaboration de solutions collectives visant à maintenir et élargir la coopération commerciale et financière internationale avec l'Iran. Nous réaffirmons notre attachement au Plan d'action.»

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