Les leçons que l'armée russe a tirées de la guerre des 5 jours en Ossétie du Sud

La couverture des événements survenus il y a dix ans en Ossétie du Sud aura certainement été la mission la plus courte du reporter de guerre pour Komsomolskaïa Pravda Alexandre Kotz: il n'a en effet passé qu'un jour sur le terrain.
Sputnik

Un convoi tactique des unités du 135e et du 693e régiments motorisés, qu'Alexandre Kotz, reporter de guerre pour Komsomolskaïa Pravda, suivait, a été obligé d'engager le combat juste après avoir atteint Tskhinval. Alexandre a été grièvement blessé au bras et n'est resté vivant que grâce aux actions courageuses des officiers russes, qui ont rapidement mis en place un cercle défensif pour protéger les civils.

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Il rechigne à parler de ces événements en famille. Sa cicatrice — du pli du coude jusqu'au poignet — est de toute façon assez éloquente. Tout comme les reportages qu'il a rédigés avec une seule main depuis l'hôpital militaire où il se trouvait.

Le général Anatoli Khroulev, commandant de la 58e armée, a demandé au journaliste son téléphone par satellite fourni par la rédaction pour appeler les artilleurs et corriger le feu de leurs systèmes Grad. Le groupe tactique ne disposait pas de ses propres moyens de communication, ou alors ces derniers étaient brouillés par les systèmes géorgiens de guerre électronique. Comme les militaires se préparaient à des manœuvres en Ossétie du Sud, les véhicules étaient à moitié chargés de munitions d'entraînement. Le bataillon avançait sans avant-garde, données de renseignement, cartes par satellite ou soutien aérien. Clairement, l'équipement matériel et technique de l'armée russe dans cette guerre laissait à désirer, surtout en comparaison des unités géorgiennes que les pays occidentaux avaient dotées d'armes de pointe et formées selon les standards de l'Otan.

Les forces russes ont gagné grâce au courage et à l'expérience des soldats et des officiers, dont beaucoup avaient été aguerris par le conflit en Tchétchénie. L'héroïsme ne peut pourtant pas vaincre à lui seul. Bien que la guerre se soit terminée par une victoire écrasante de la Russie, elle a mis en lumière un grand nombre des défauts de l'armée. Heureusement, le sommet du pouvoir en a pris conscience et le gouvernement a lancé une grande réforme des forces armées à l'horizon 2020, qui a rapidement porté ses fruits.

Le monde a vu pour la première fois le nouveau visage de l'armée russe à la fin du mois de février 2014, quand de grands gars en tenue de camouflage «numérique» sont brusquement apparus en Crimée et ont pris en quelques jours le contrôle de la péninsule d'une superficie de 27 000 km2. Ces «gens polis» portaient les équipements que le Ministère russe de la Défense n'avait auparavant montrés à la presse qu'au cours de quelques présentations spéciales: des gilets pare-balles modulaires, des ceintures MOLLE, des sacs-à-dos tactiques, des moyens individuels de communication, des plaques de protection aux coudes et aux genoux, des modifications tactiques jamais-vues des fusils d'assaut Kalachnikov modernisés…

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L'armée a enfin reçu de nouveaux chars, avions, hélicoptères, navires et autres missiles de croisière. Le programme complexe de développement des armes livre chaque année des centaines d'unités de matériel à l'armée, à l'aviation et à la marine. On constate une augmentation considérable du nombre d'exercices militaires, y compris de niveau international. Les pilotes ont beaucoup plus de temps de vol, les fantassins tirent plus souvent, et les marins effectuent des missions prolongées.

Depuis janvier 2012, le salaire moyen des militaires a augmenté de 2,5-3 fois, ce qui a permis d'attirer de nouveaux professionnels. Il existe désormais des primes liées à l'efficacité du travail, et on a élargi les allocations pour les grades militaires et l'ancienneté. On a construit plusieurs centaines de maisons d'habitation collective et lancé un programme d'hypothèque militaire. Les cours de perfectionnement professionnel des officiers sont devenus obligatoires en cas de promotion, de changement de poste ou d'unité.

Les changements sont si nombreux que simplement les énumérer pourrait prendre beaucoup de temps.

Sept ans après la guerre en Géorgie, la Russie a envoyé en Syrie une armée tout à fait différente. Les militaires, très bien entraînés, armés et équipés, portent des uniformes de camouflage unifiés et sont très motivés. Cette armée mise sur les armes de haute précision, l'aviation de frappe, les drones et les opérations des forces spéciales. Elle n'envoie plus les bombardiers stratégiques Tu-22M3 pour recueillir des informations sur les forces antiaériennes de l'ennemi, comme c'était le cas en août 2008. Les militaires russes ont réussi à créer un système logistique efficace pour rapidement approvisionner le contingent syrien, ce qui est encore plus important. Enfin, le ministère de la Défense a appris à mener une bonne politique d'information. Des conférences de presse régulières présentant des images par satellite et des vidéos enregistrées par des drones étaient absolument inimaginables il y a dix ans mais sont aujourd'hui une banalité.

Cette guerre lointaine a constitué une sorte de point de départ. L'armée russe a montré au monde entier qu'elle était en mesure de tirer des leçons de ses erreurs et pouvait gagner en ne reposant plus seulement sur l'héroïsme de ses soldats.

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