Syrie: la «faute politique» de la France qui «se trompe d'ennemi»

Emmanuel Macron a placé bien des espoirs dans une coalition censée tarir les sources de financement des groupes terroristes dans le monde entier. Réussira-t-il à réaliser ses plans? L'avis du porte-parole de Debout la France, Damien Lempereur, qui constate un «décalage total» entre les propos du Président Macron et ses actions politiques.
Sputnik

L'un des fruits de la conférence «No money for terror», qui a rassemblé plus de 70 pays et quelque 20 organisations internationales, a été la proposition d'Emmanuel Macron de mettre en place une coalition anti-financement du terrorisme. La décision, étant bonne en soi, ne suscite pourtant pas de grand optimisme chez Damien Lempereur, porte-parole officiel de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France).

«Le problème, ce n'est pas l'intention affichée par le président Macron. Le problème, c'est la politique qu'il mène en Syrie avec les frappes dans l'isthme des États-Unis et la politique qu'il mène en France avec l'absence de contrôle des frontières et l'absence d'expulsion des étrangers fichés S», affirme-t-il à Sputnik, estimant qu'il faudrait mettre «de la cohérence dans sa politique» pour parvenir à ses buts.

Par ailleurs, il est trop tard pour faire machine arrière en Syrie, car le cap a déjà été défini et une erreur politique a déjà eu lieu.

«Je suppose qu'il y a un contresens historique qui a été fait par le Président de la République française de se tromper d'ennemi. L'ennemi, c'est le terrorisme islamique et, notamment, les groupes terroristes en Syrie, que la Russie combat», explique M.Lempereur. «Il y a un contresens historique à s'aligner systématiquement derrière la politique et les intérêts américains. C'est ça en quelque sorte une faute politique.»

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Ce que la France pourrait faire à l'heure actuelle, c'est de participer à la coalition avec les Russes pour aider dans la lutte contre le terrorisme et pas forcément affaiblir cette lutte avec des frappes qui ne visent pas les terroristes en Syrie, poursuit le porte-parole de DLF: «Dans un monde multipolaire aujourd'hui on a besoin de la Russie, de l'Iran, des puissances émergentes».

Dans le passé, le lest qui lie les mains c'est la direction prise un jour par le gouvernement de François Hollande qui souhaitait «soutenir les rebelles qui étaient dans la plupart du temps des terroristes».

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«On l'a appris après et aujourd'hui on suit les Américains. Il est un peu tard et j'ai peur qu'aujourd'hui la voix de la France soit décrédibilisée, délégitimée, et il faudrait qu'on retrouve une position indépendante qui corresponde aux intérêts des citoyens français et aux intérêts de la paix.»

Ayant retrouvé sa voix indépendante, Paris pourra travailler avec Moscou et Téhéran et saura «s'opposer aux Américains quand ce n'est pas l'intérêt de la France», ajoute M.Lempereur.

Pour l'instant, les récentes démarches s'inscrivent plutôt dans l'agenda américain: rien qu'avant-hier des soldats français ont été envoyés en renfort en Syrie. Et si la mission des soldats français est simplement de poursuivre les intérêts des États-Unis, «ce n'est pas dans l'intérêt des Français», selon l'interlocuteur de Sputnik.

Dans l'espace médiatique, on s'aligne également sur la position américaine, d'où une révolte de la presse contre la vérité des témoins de la mise en scène dans la ville syrienne de Douma. Des enfants arrosés d'eau et photographiés en tant que «victimes» de l'attaque chimique — «les médias ne s'intéressent pas du tout à la réalité des faits».

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«Ce qui est choquant, c'est qu'il y a deux poids deux mesures permanents, ils vont toujours suivre la position américaine et ne jamais la contester et, en revanche, ils ne vont jamais s'interroger sur les preuves éventuelles amenées de l'autre côté.»

Par conséquent, dans cette affaire, la réalité des faits semble ne pas avoir beaucoup d'importance «puisqu'il y avait une volonté politique de frapper».

Du coup, l'incohérence du gouvernement français devient à peu près la règle générale: un jour, on appelle à un dialogue avec la Russie, un autre jour, on lui transmet un message belliqueux via 100 missiles; un jour, on refuse de dialoguer avec le Président syrien, puis on décide de l'inviter à la table de négociations. S'il y a une telle disparité déjà au niveau verbal, à quoi s'attendre au niveau des actions?

«Il y a un décalage total entre les paroles du Président Macron et la réalité de sa politique. Il n'a pas levé les sanctions contre la Russie, il frappe en Syrie contre l'avis et le véto des Russes aux Nations unies, il tient un discours qui est de façade et en réalité sa politique est totalement alignée sur les néoconservateurs. Donc soit il ne dit pas la vérité, soit il n'a pas la possibilité de faire ce qu'il pense. Dans les deux cas, il y a un décalage total entre ce qu'il dit et la réalité de sa politique, ça semble évident», conclut M.Lempereur.

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