Vers une nouvelle crise dans les Balkans? «Rien ne se fait au Kosovo sans l’aval des USA»

L’ambassade américaine au Kosovo a prévenu ses citoyens d’un risque élevé d’attentats dans ce territoire, alors que le Premier ministre kosovar Ramush Haradinaj a âprement réagi au projet de formation de l'Association des municipalités serbes du Kosovo. Momir Stojanovic, ancien chef de l'Agence serbe de sécurité militaire, donne son avis à Sputnik.
Sputnik

Les représentants des Serbes du Kosovo ont annoncé leur intention de former seuls, d'ici le 20 avril, l'Association des municipalités serbes du Kosovo «comme prévu par l'accord de Bruxelles que Pristina et Belgrade ont ratifié», ce qui a mis en colère le Premier ministre kosovar Ramush Haradinaj qui a déclaré que «la patience de Pristina avait ses limites».

Une «révolution de couleur»… au Kosovo?

«Il ne faut pas sous-évaluer les propos tenus par Ramush Haradinaj, car rien ne se fait au Kosovo sans l'aval des États-Unis», a déclaré à Sputnik l'ancien chef de l'Agence serbe de sécurité militaire Momir Stojanovic.

Et d'ajouter qu'on devait par ailleurs tenir compte des relations particulières entre les deux principaux dirigeants de la république autoproclamée, notamment le Premier ministre Ramush Haradinaj et le Président Hashim Thaçi.

Pas de place au Kosovo pour les Serbes, selon la partie albanaise

«Haradinaj est un ancien chef de guerre de l'Armée de libération du Kosovo (UÇK). Ce militaire peut facilement créer une menace à la sécurité, et ses paroles ne doivent pas être prises à la légère. Thaçi a une tête plus froide, mais il est lui aussi extrémiste», a expliqué l'interlocuteur de Sputnik.

Selon le général Stojanovic, Belgrade doit faire appel à la communauté internationale pour qu'elle oblige enfin Pristina à renoncer à ses déclarations belliqueuses et revienne dans le cadre du dialogue.

«Haradinaj bénéficie d'un soutien sans réserve des anciens membres de l'UÇK. Aussi, est-il beaucoup plus dangereux que Thaçi pour la paix et la stabilité. D'autre part, les États-Unis savent bien que si la Liste serbe [la plus grande organisation politique des Serbes du Kosovo, ndlr] forme seule l'Association des municipalités serbes du Kosovo, l'intervention des structures de la soi-disant république du Kosovo sera inévitable», a indiqué M.Stojanovic.

Dix ans de la déclaration d’indépendance du Kosovo: un bien triste anniversaire

Et de relever qu'en cas de formation de l'Association des municipalités serbes du Kosovo le 20 avril, une crise encore plus grave pourrait éclater dans les Balkans.

Selon les experts, en cas de crise, les «cellules dormantes» se mobiliseront les premières. Elles ont suffisamment de caches d'armes datant encore de l'époque des opérations terroristes des années 1990.

Économiste allemand: le Kosovo, «zone aveugle» de l’Europe

Or, le général Stojanovic estime que pour réaliser leurs propres objectifs dans les Balkans, les États-Unis n'hésitent pas à utiliser les Albanais comme cheval de Troie, exploitant notamment le désir de ces derniers à réunir les terres qu'ils considèrent comme leur appartenant de droit.

Bruxelles a fait de la normalisation entre Belgrade et Pristina une condition sine qua non de l'adhésion de la Serbie à l'Union européenne. Quoi qu'il en soit, la Serbie refuse toujours de reconnaître l'indépendance de sa province méridionale, déclarée unilatéralement par Pristina en 2008. Sa tutelle sur le Kosovo reste inscrite dans sa Constitution.

Discuter