La question kurde, pomme de discorde entre les USA et la Turquie en Syrie

Ankara et Moscou critiquent le projet américain de créer des forces de sécurité frontalières constituées de militaires kurdes. La Russie met en garde contre le «risque d'effondrement du pays», tandis que la Turquie menace «d'éliminer les nouvelles unités à la frontière».
Sputnik

Samedi 13 janvier, les USA ont fait part de leur intention de créer sur la base des Forces démocratiques syriennes (FDS) des forces de sécurité frontalières (BSF) qui seront chargées de protéger les territoires syriens contrôlés par les Kurdes. «Le premier groupe de 230 combattants suit déjà un entraînement et au total, les BSF devraient compter 30.000 hommes», a déclaré le porte-parole de la coalition américaine Thomas Veale, écrit mardi le quotidien RBC.

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Cette annonce a suscité l'indignation du président turc Recep Tayyip Erdogan. Lundi 15 janvier, il a averti que la Turquie éliminerait l'armée des «forces de sécurité frontalières» formée par les USA à la frontière turco-syrienne «avant qu'elle ne soit créée». D'après lui, «ce groupuscule est une armée de traîtres infidèles».

Ankara s'oppose constamment au renforcement des forces kurdes à la frontière turque. Entre août 2016 et mars 2017, la Turquie a mené en Syrie une opération terrestre active contre les Kurdes. Elle considère en effet les FDS comme une organisation terroriste liée au Parti des travailleurs du Kurdistan, interdit dans le pays et accusé d'attentats par les autorités turques.

La réaction de Moscou à cette nouvelle de Washington est également négative. «Même compte tenu du fait que Daech n'est pas entièrement éliminé, les actions auxquelles nous assistons montrent que les USA ne veulent pas préserver l'intégrité territoriale de la Syrie», a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov pendant une conférence de presse à Moscou.

Le président syrien Bachar al-Assad a menacé de «réprimer les nouvelles forces» et «d'expulser les troupes américaines du pays».

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Les FDS contrôlent actuellement deux vastes territoires autour des villes de Manbij et d'Afrin au nord-ouest du pays, et tous les territoires sur la rive gauche de l'Euphrate jusqu'à la frontière irakienne. Entre les villes, le territoire est contrôlé par les forces turques et l'opposition syrienne depuis l'opération turque Bouclier de l'Euphrate dont l'un des objectifs consistait à éliminer les Kurdes des territoires situés près de la frontière turco-syrienne. En mars 2017, Ankara a annoncé la fin de l'opération réussie mais continuait de menacer régulièrement d'une offensive contre Manbij et Afrin.

Dans son discours de samedi, Recep Erdogan a critiqué durement Washington. «Les USA ont envoyé 4.900 camions avec des armes en Syrie. Nous le savons. Ce n'est pas ainsi qu'agissent des alliés. Nous savons également qu'ils y ont envoyé 2.000 avions remplis d'armes», a déclaré le président de la Turquie, pays membre de l'Otan.

Selon les sources de l'agence NSO (Nothern Syrian Observer), les USA sont convenus d'envoyer aux Unités de protection du peuple (YPG) des lance-roquettes antiaériens — l'accord entre les Kurdes et les Américains a été conclu en secret. Une source de la NSO a déclaré que les militaires américains avaient précisé aux militaires kurdes la possibilité d'utiliser ces lance-roquettes antiaériens uniquement en cas d'attaque d'Afrin par les forces pro-turques.

Toutefois, les experts interrogés doutent qu'Ankara lance une vaste offensive contre Afrin.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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