Face à l’Allemagne, les dirigeants français n’ont "pas compris les règles du jeu"

© AFP 2022 LUDOVIC MARINEmmanuel Macron accueille Angela Merkel à l’֤Élysée, 27 février 2019
Emmanuel Macron accueille Angela Merkel à l’֤Élysée, 27 février 2019 - Sputnik Afrique, 1920, 30.09.2021
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Paris aurait suivi de près le scrutin législatif en Allemagne du 26 septembre. Pourtant, les deux prétendants à la chancellerie ne devraient pas infléchir la stricte ligne de Merkel, affirme Édouard Husson, fin connaisseur du couple franco-allemand.
"Les Allemands suivent leurs intérêts et nous ne défendons pas bien les nôtres."
Edouard Husson
Professeur en histoire de l’Allemagne et de l’Europe, à l’Institut Franco-Allemand d’Études Européennes de l’université de Cergy-Pontoise.
Auteur de Paris-Berlin, la survie de l’Europe (Éd. Gallimard), Édouard Husson, tance le "mauvais état" du couple franco-allemand. Un partenariat qui est devenu "asymétrique" tant le déficit de la France est abyssal, atteignant 220 milliards d’euros en 2021. Berlin "ne peut pas nous prendre complètement au sérieux", déplore-t-il. Alors que l’Allemagne a tourné la page Merkel le 26 septembre, la nouvelle coalition probablement de centre gauche devrait ainsi maintenir le cap tracé par l’ex-chancelière. Aujourd’hui, la relation franco-allemande "ne se joue plus sur le plan personnel", selon le professeur en histoire de l’Allemagne et de l’Europe, à l’Institut Franco-Allemand d’Études Européennes de l’université de Cergy-Pontoise.
"Pendant trois ans, Emmanuel Macron a essayé d’obtenir un budget pour la zone euro", rappelle Édouard Husson. Même face à la crise sanitaire, Angela Merkel n’a pas cédé aux desiderata français. La chancelière a accordé en juillet 2020 "un budget pour l’Union européenne" et pour des raisons "strictement d’intérêt allemand". Selon l’universitaire, Berlin ne souhaitait pas perdre le marché européen comme débouché pour ses exportations. Seconde illustration de cette relation bilatérale au plus mal, la signature d’un accord de Défense spatiale entre l’Allemagne et l’Australie, quelques jours seulement après le camouflet subi par Paris avec l’annulation du contrat de sous-marins.
"Pour les Allemands, le fait d’être ami n’empêche pas la compétition". Ainsi, Édouard Husson reproche-t-il à la France son absence de realpolitik dans les relations internationales. Les dirigeants français n’ont selon lui "pas compris les règles du jeu". Ceux-ci estimaient que bien s’entendre avec l’Allemagne aurait pu "faire faire à Berlin des concessions". Rappelant la maxime du général de Gaulle, Édouard Husson considère qu’"un État n’a pas d’ami, il a des intérêts".
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