Le Cameroun a perdu le roi de l’une "des plus anciennes dynasties d’Afrique"

CC BY-SA 4.0 / Photokadaffi / Ibrahim Mbombo Njoya
Ibrahim Mbombo Njoya - Sputnik Afrique, 1920, 29.09.2021
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Le sultan Ibrahim Mbombo Njoya s’est éteint le 27 septembre en France où il était hospitalisé. Il régnait sur le royaume bamoun, l’une des plus vieilles dynasties d’Afrique établie depuis le XIVe siècle dans l’ouest du Cameroun. Le défunt monarque traditionnel a travaillé à la promotion et à la protection du riche patrimoine culturel de son peuple.
La triste nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre à travers le Cameroun dans la journée du 27 septembre: "Le sultan Ibrahim Mbombo Njoya n’est plus", pouvait-on lire partout sur les réseaux sociaux et plus tard à la une de plusieurs médias nationaux et internationaux. Âgé de 83 ans, le "Sultan roi" traditionnel Ibrahim Mbombo Njoya est décédé dans un hôpital parisien où il avait été évacué quelques jours auparavant. À la tête de la chefferie traditionnelle des Bamouns, cet homme très influent dans les cercles du pouvoir de Yaoundé a connu une longue carrière politique et administrative avant son intronisation comme roi des Bamouns - peuple d’Afrique établi dans l’ouest du Cameroun - en 1992. Par cette disparition, "le Cameroun perd une figure emblématique de son histoire récente",lance Moussa Njoya, biographe du défunt et auteur du livre Entretien:Ibrahim Mbombo Njoya, le Cameroun, les Bamouns et Moi, paru en 2019.
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"Le peuple bamoun perd son monarque, son protecteur, le père de tous les Bamouns, un rassembleur qui au-delà des divergences d'ordre idéologique qui pouvaient exister entre lui et certains de ses sujets, savait toujours préserver l'essentiel, qui était l'unité du peuple bamoun. Le Cameroun perd un grand commis de l'État qui aura connu toutes les étapes de la vie du Cameroun de 1960 à nos jours", rappelle-t-il au micro de Sputnik.

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De l’administration au trône

Le sultan Ibrahim Mbombo Njoya était le 19eroi du peuple bamoun qui compte à ce jour près d’un million de personnes. Au-delà de son pouvoir traditionnel, son influence s’est accrue jusque dans les cercles politiques. Ce patriarche né en octobre 1937 à Foumban était diplômé de l'Institut d'études administratives de Dakar et avait intégré l'administration camerounaise en 1958, soit deux ans avant l'accession du Cameroun à l'indépendance.
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Il a occupé de nombreux postes dont sept portefeuilles ministériels: ministre de l'Administration territoriale, de l'Information et de la Culture, entre autres. Il a aussi occupé les fonctions d'ambassadeur du Cameroun en Guinée équatoriale et en Égypte. S’il a dû quitter ses nombreuses responsabilités politiques dès son accession au royaume, il était depuis 2013 sénateur nommé par le Président Biyaet membre du comité central du parti au pouvoir. Des responsabilités politiques qui ne l’ont pas détourné, martèle Moussa Njoya, de ses fonctions royales.

"Sa casquette d’homme politique n'avait aucunement dilué son autorité royale. Au-delà de tout, les Bamouns de toute part, quelles que soient leurs obédiences politiques, la tendance religieuse, etc. se retrouvaient comme un seul homme autour de leur chef. Pendant les élections, les joutes politiciennes pouvaient prendre une certaine ampleur, encore qu’il n'avait jamais fait campagne à Foumban. Sauf en 1996, lorsqu'il avait été candidat pour les municipales", souligne son biographe.

Le royaume bamoun, l’une des plus vieilles dynasties d’Afrique

Si l’annonce du décès de ce roi suscite émoi et consternation dans le pays et au-delà des frontières nationales, c’est bien grâce à la grandeur et l’histoire du royaume de ce peuple de l’ouest francophone du Cameroun que la modernité n’a pas englouti. Bien que le pays soit dirigé depuis les indépendances par un Président de la République élu, il regroupe de nombreux peuples répartis en plus de 270 ethnies aux coutumes et langues différentes. Dans ces regroupements traditionnels qui ont survécu au passage des colons, on y remarque encore la prééminence de droits coutumiers, autour de petites monarchies, avec à leur tête des rois ou des sultans, garant des droits coutumiers bien qu'assujetties au pouvoir administratif.
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Fondé dès le XIVe siècle, le royaume bamoun, "l’un des plus anciens et les plus organisés du continent" a connu sa gloire notamment après l’arrivée au trône du roi Ibrahim Njoya - ancêtre du défunt roi - ayant régné jusqu’en 1933. Il était réputé ingénieux et créatif. Parmi ses nombreuses inventions, son propre alphabet en 1895, l’écriture bamoun, le shü-mom, l’unique inventée par un Camerounais et l’une des rares développées en Afrique. Il est aussi cité comme inventeur d’un moulin à écraser le maïs, pour faciliter la tâche aux ménagères. Des inventions dont les vestiges se trouvent encore dans le palais de la chefferie supérieure des Bamouns, classé patrimoine mondial par l’UNESCO.

"La civilisation bamoun jusqu'à présent est l'une des civilisations les plus anciennes et mieux conservées au Cameroun et même en Afrique. S’il est une tribu qui peut redouter la disparition de ses us et coutumes, ce n’est sûrement pas les Bamouns. Et cela est en grande partie à mettre à l'actif du sultan Ibrahim Mbombo qui, par exemple, a travaillé à l'inscription de l'écriture shü-mom au patrimoine immatériel de l'UNESCO, à la préservation des reliques, des masques et autres objets d'art bamouns en construisant, par exemple, un gigantesque musée durant son règne. Il a aussi et surtout restauré le Nguon (festival du peuple bamoun)", témoigne le biographe.

D’ailleurs, le festival Nguon est l’une des plus grandes fiertés de ce peuple. Il est célébré depuis plus de cinq siècles et candidat cette année à une inscription au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Longtemps interdite par l'administration coloniale et réinstaurée uniquement en 1993 par le défunt sultan, cette célébration connaît au fil des années un succès populaire et international de plus en plus important, attirant des milliers de touristes. Un festival qui permet au peuple bamoun d’exposer sa civilisation chevaleresque, ses objets d’art et ses nombreuses curiosités touristiques, notamment l’architecture du palais royal calquée sur la morphologie d’un gros serpent à deux têtes. Une épopée appelée à se poursuivre avec le successeur d'Ibrahim Mbombo Njoya, qui sera désigné après les obsèques, parmi les fils du "Sultan roi".
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