Liste noire des pays terroristes: Trump et Israël ont-ils arnaqué le Soudan?

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Trump a demandé 335 millions de dollars à Khartoum, qui a aussi accepté de reconnaître Israël, en échange du retrait du Soudan de la liste noire des pays soutenant le terrorisme. La promesse sera-t-elle tenue? Analyse de Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France et l’auteur de «Le Soudan dans tous ses États», pour le Désordre mondial.

Donald Trump a-t-il conclu un accord avec le Soudan pour obtenir une rançon en échange de son retrait de la liste noire des pays soutenant le terrorisme du département d’État, dans laquelle il figure depuis 1993?

Le Président américain a tweeté: «BONNE nouvelle! Le nouveau gouvernement du Soudan, qui fait de grands progrès, a accepté de verser 335 MILLIONS de dollars aux victimes et aux familles américaines du terrorisme. Une fois [l’argent, ndlr] déposé, je retirerai le Soudan de la liste des États sponsors du terrorisme. JUSTICE pour le peuple américain et GRAND pas pour le Soudan!»

Mais ça, c’était en octobre. À l’heure actuelle, le Soudan est toujours sur cette liste noire, avec seulement trois autres pays: la Syrie, l’Iran et la Corée du Nord. Qu’est-ce qui pourrait expliquer ce retard? Le récent accord négocié par les États-Unis pour que le Soudan reconnaisse officiellement Israël rentre-t-il également dans l’équation?

Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France et auteur des livres Les guerres de Syrie (Éd. Glyphe), et Le Soudan dans tous ses États (Éd. Karthala) explique que la promesse de Trump risque de rester un vœu pieux:

«Trump n’est pas le premier à avoir promis au Soudan de le retirer de la liste des pays terroristes, puisqu’il y a déjà eu trois promesses présidentielles venant de Washington. Il y a eu celles des Présidents Clinton, Bush et Obama… Or, il n’y a jamais eu de suite, malgré les promesses fermes de trois Présidents des États-Unis. Donc Trump vient en numéro quatre.»

Pourtant, cette fois-ci pourrait-elle être la bonne? L’ancien ambassadeur de France n’y croit guère:

«Les Soudanais ont été très naïfs. Ils ont débordé d’amour quand ils ont appris cette nouvelle en disant qu’ils allaient payer tout de suite un premier acompte, mais en réalité, ils auraient dû se méfier.»

L’auteur de Le Soudan dans tous ses États explique pourquoi Khartoum s’est retrouvé sur cette fameuse liste des États soutenant le terrorisme:

«Le Soudan a accueilli tous les islamistes, qu’ils soient modérés, partis de pouvoir, d’opposition, partis terroristes. Ils n’étaient pas très regardants sur la marchandise. Ils avaient donné l’asile politique à Carlos, le célèbre terroriste, avant de le remettre aux services français en 1994. Après, ils ont eu ben Laden, qui a été finalement expulsé en mai 1996.»

En replaçant cette affaire dans son contexte, Michel Raimbaud, estime qu’elle est loin d’être résolue:

«La demande de rançon, c’est le terme qui convient, ça ne concerne pas le Soudan lui-même, mais en tant que pays ayant hébergé Oussama ben Laden… Lorsque Soudan a été mis sur la liste des États soutenant le terrorisme, je ne crois pas que les [attentats contre les, ndlr] ambassades américaines avaient déjà été faits. Alors c’était en quelque sorte prémonitoire et il y a d’autres dossiers en perspective. Je pense que pour être retiré [de cette liste, ndlr], ce serait une longue marche.»
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