Ces idées scientifiques archaïques qui survivent au XXIe siècle

© Flickr / Michael DayCes idées scientifiques archaïques qui survivent au XXIe siècle
Ces idées scientifiques archaïques qui survivent au XXIe siècle - Sputnik Afrique
On imagine difficilement qu'au XXIe siècle, quelqu'un puisse encore être persuadé que notre planète est plate...

С'est pourtant le cas, au même titre que ceux qui croient aux complots rocambolesques, aux méthodes de traitement pseudo-médicales et à d'autres idées antiscientifiques. Mais pourquoi ces théories ne disparaissent-elles pas à l'époque du progrès technologique et scientifique? On s'est plongé dans la psychologie de cette question et a tenté de comprendre pourquoi de telles idées avaient résisté à l'épreuve du temps.

La théorie de la Terre plate, oubliée depuis longtemps par l'humanité, a connu un véritable retour en force. Ses partisans ont inondé internet avec des articles, notamment sur le site américain très populaire Flat Earth Clues.

Comment se fait-il que le niveau d'évolution de la science au troisième millénaire n'empêche pas les gens de croire en une telle "idée-zombie"? Quand les zombies ressuscitent, ils ne s'adaptent pas aux nouvelles réalités et, malheureusement, il est impossible de les tuer (de la même manière que tout mort-vivant). Sachant que dans le monde des technologies, l'existence de "zombies" — c'est-à-dire d'un matériel obsolète — est impossible. Les gens n'utiliseront pas massivement d'équipements obsolètes et peu pratiques s'il existe des nouveautés bien plus efficaces et pratiques. Alors pourquoi est-ce possible dans le monde des idées?

En effet, la concurrence sur le marché des théories (c'est-à-dire le pluralisme d'opinions) est nécessaire à la société pour parvenir à la liberté d'expression (ou la maintenir). Mais il ne faut pas espérer qu'ici, comme sur le marché économique, ce soient les meilleures idées — les plus progressives et adéquates — qui l'emportent. Quand le "marché des idées" se comporte comme un marché économique, il y a forcément un lobbying et ces mêmes idées deviennent une véritable marchandise. Dans ces conditions, n'importe laquelle peut "arriver au sommet" indépendamment de son adéquation et de son objectivité. Et pendant que la société séparera le bon grain de l'ivraie, quelqu'un aura le temps de croire, par exemple, que la vaccination n'est pas efficace, voire dangereuse, car elle serait l'instrument d'une nouvelle théorie du complot.

La répétition élémentaire peut être un facteur important de la longévité des fausses idées. Prenez un exemple en biologie: en 2012, le biologiste Stuart Firestein a expliqué qu'en réalité tous les récepteurs de la langue avaient pratiquement la même sensibilité par rapport aux différents goûts, et que la théorie du salé, de l'acide, de l'amertume et du sucré perçus par la langue dans ses différentes parties était apparue après une mauvaise traduction d'un autre travail allemand au début du XXe siècle. Cette aberration s'est répandue et a donc existé pendant plus d'un siècle.

Les "idées-zombies" peuvent avoir leurs avantages: elles poussent la société à créer une réfutation efficace qui fait elle-même avancer la science et la connaissance. L'action engendre une réaction à la hauteur.

Le scepticisme sain est réellement nécessaire, notamment quand il peut pousser les gens à étudier plus en profondeur telle ou telle question. Cela concerne, par exemple, le monde des publications scientifiques dont l'autorité nous semble immuable. Un système où un article scientifique passe obligatoirement par une relecture anonyme pour être publié dans des magazines spécialisés a de sérieux inconvénients. Les publications de recherches sur la santé sont souvent influencées par les intérêts des compagnies pharmaceutiques qui les financent et le même problème affecte souvent la psychologie. En raison des inexactitudes, des erreurs et des préjugés dans les recherches scientifiques, les publications dans un recueil passé au crible de la relecture ne sont plus considérées dans le milieu scientifique comme un indicateur d'autorité irréprochable.

Au final, les résultats de recherche erronés publiés dans des revues scientifiques sont largement répandus grâce aux médias, qui y voient une mine d'or d'information. C'est pourquoi on accorde une préférence aux résultats positifs: ils seront lus. Dans le même temps, les résultats négatifs des expériences peuvent être parfois tout aussi importants, voire bien plus importants pour la science et la vie. Le fait est aussi que certaines revues prestigieuses peuvent s'opposer à la publication de découvertes réellement importantes.

Ainsi, la société a accès à de nombreuses idées contestables (voire complètement absurdes), alors que d'autres qui vaudraient la peine d'être connues restent dans l'ombre. Cette brèche dans le système scientifique permet aux partisans des théories du complot de blâmer la science et d'affirmer que les scientifiques ne cherchent qu'à manipuler les gens.

La société doit revoir son attitude envers le "marché des idées". Les citoyens doivent définitivement comprendre que les "meilleures" sont loin de toujours remporter la victoire dans ces conditions. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les théories du complot peuvent parfois être avérées: ce fut le cas avec les révélations de l'ex-agent américain Edward Snowden. Mais il faut tout de même reconnaître l'efficacité des "idées-zombies" primitives car, bien qu'indirectement, elles apportent tout de même une contribution positive à la connaissance scientifique.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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