A Varsovie, l’OTAN prépare-t-elle une crise des missiles de Cuba à l’envers?

© Flickr / UK Ministry of Defence British soldiers
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Au temps de la Guerre froide, l’OTAN luttait contre le Pacte de Varsovie ! Et en juillet, l’Alliance Atlantique se réunira à Varsovie pour discuter du renforcement de son dispositif militaire en Europe de l'Est.

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Plus d'armes, plus de troupes pour rendre la paix en Europe permanente? L'OTAN se dit déterminée à venir au secours des pays d'Europe de l'Est. Elle s'y rend en chevalier blanc car la menace de l'Est pèse lourd… C'est ce qu'entend dire notamment J. Stoltenberg, le secrétaire général de l'OTAN, en annonçant le prochain sommet de l'Organisation à Varsovie. Selon lui, ce « sommet se tiendra au moment où l'Alliance a des défis sans précédent à relever tant à l'Est qu'au Sud ».

Parmi les menaces principales de l'Alliance figure traditionnellement la Russie. Christine Bierre, rédactrice en chef de "Nouvelle solidarité", estime qu'aujourd'hui l'histoire de la guerre froide se répète mais en sens inverse. L'OTAN qui luttait contre le Pacte de Varsovie, se réunit aujourd'hui à Varsovie pour forcer l'encerclement de la Russie.

« On est dans une espèce de crise des missiles de Cuba à l'envers sauf que bien pire. A l'époque de la crise des missiles de Cuba, c'étaient des missiles qui étaient à une centaine de kilomètres des Etats-Unis. Aujourd'hui c'est une politique d'encerclement de la Russie qu'on voit avec un renforcement continue des moyens de l'OTAN aux frontières de la Russie, avec des pays de l'Est qui ont été surexcités par les Etats-Unis et l'Angleterre notamment pour exiger de plus en plus de régiments, de systèmes antimissiles chez eux. Et c'est ça qui va être discuté au sommet de l'OTAN, ensuite la finalisation du déploiement des systèmes antimissiles dont la première phase en Europe est le dernier déploiement du système antimissile en Roumanie. Il y a aussi un système radar en Turquie, le quartier général en Allemagne, des systèmes Aegis en Espagne. Donc c'est tout un encerclement de la Russie qui a lieu ce qui est extrêmement dangereux et qui doit être dénoncé ».

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C'est pour cette raison que le mouvement Solidarité & Progrès promeut une pétition pour la sortie de l'OTAN. C'est une pétition qui s'affiche comme non-partisane. Le prochain sommet de l'OTAN à Varsovie, les 8 et 9 juillet prochains, s'annonce comme une provocation de plus contre la Russie, lit-on dans le texte accompagnant la pétition. On s'y souvient de tous les « promesses » non-tenues de l'Alliance vis-à-vis de Moscou et la menace que la politique provocatrice d'encerclement de l'OTAN porte en soi. Le développement mutuel est la solution pour le maintien de la paix, considèrent les mouvements initiateurs de la pétition.

Le contre-amiral François Jourdier fait pourtant remarquer que, même si certains membres de l'OTAN se montrent belliqueux, il ne faudrait pas négliger l'opinion des pays comme la France.

« Il est bien certain que le sommet de l'OTAN à Varsovie va traiter principalement des rapports avec la Russie. Mais les positions ne sont pas les mêmes dans toute l'Europe. Il y a d'abord les pays Baltes et la Pologne mais il y a aussi certains pays comme l'Allemagne et la France qui veulent normaliser progressivement leurs relations avec la Russie moyennant le respect des accords de Minsk par les deux camps, d'ailleurs. On peut espérer à mon avis un réchauffement entre USA et Russie comme le montre la gestion de la crise syrienne par M. Kerry et M. Lavrov ».

Cependant, la création du segment européen du bouclier anti-missile américain va bon train, malgré les appels de Moscou à ne pas contribuer au déséquilibre stratégique en Europe. En Roumanie, un premier site de missiles antimissiles vient d'être inauguré. La Pologne commence les travaux d'un deuxième site.

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"Nous ne sommes pas enclins à trop dramatiser la situation, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères. Mais nous ne pouvons ignorer les tendances négatives qui s'accentuent et qui résultent de l'aspiration de l'OTAN à miner sciemment l'équilibre stratégique des forces en Europe…» S. Lavrov a pourtant fait remarquer que « la Russie reste fidèle à la construction d'une architecture de coopération européenne large et mutuellement avantageuse dans le domaine de la sécurité, basée sur le principe de l'intégrité de l'Europe soutenu par le droit international ». Pour François Jourdier, l'Europe n'a en effet aucun intérêt à provoquer la Russie.

« Il est bien certain que la Russie cherche à garder son influence dans les pays mitoyens où il y a les minorités russes. Personnellement, je ne vois pas l'intérêt pour l'Europe de s'étendre dans cette direction. Déjà l'Europe soutient l'Ukraine à bout de bras. C'est un pays failli et corrompu. Je pense que l'intérêt de l'Europe c'est d'établir des rapports politiques industriels et économiques avec la Russie. Cela profiterait à nos deux économies. L'Europe a tout intérêt que la Russie soit un pays calme et prospère… On peut estimer que l'OTAN a perdu sa raison d'être. L'OTAN a entraîné l'Europe dans des guerres qui n'étaient pas les siennes — Irak, Serbie. Les pays européens en sont conscients et commencent à investir d'avantage dans leur défense. On peut espérer que l'UE va reprendre son indépendance, d'autant qu'il y un certain dégel des relations avec Moscou. M. Junker prévoit de se rendre au forum de St. Pétersbourg ».

La question de l'intégration de l'Ukraine et de la Géorgie à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord devrait être également abordée lors du sommet à Varsovie. François Jourdier est pourtant persuadé que ces pays n'adhéreront pas prochainement à l'OTAN:

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« Je ne pense pas que l'idée actuelle soit d'intégrer l'Ukraine et la Géorgie à l'OTAN. Si cela était, ça ne pourrait qu'envenimer la relation Est-Ouest. Actuellement, il n'est question que du Monténégro. Personnellement, je souhaite quand même la dissolution de l'OTAN ou au moins la réduction de son rôle à une agence de normalisation et de dialogue ».

Le sommet de l'OTAN en Pologne est annoncé comme historique. Pour son secrétaire général, cette réunion sera cruciale mais il faudrait que les décisions soient mises en place. Il a confirmé la volonté de l'Alliance de déployer les troupes et les armes sur la frontière Est de l'OTAN. Quatre bataillons seront déployés en Estonie, Lituanie, Lettonie et en Pologne pour mieux « protéger » ces pays voisins de la Russie de la « menace russe »… Un terme d'autant plus paradoxal que la Russie joue ces derniers temps le rôle pacificateur dans toute une série de conflits.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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