Russie-Serbie: une amitié slave à l'arrière-goût d'hydrocarbures

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Par Andreï Fediachine, RIA Novosti

Par Andreï Fediachine, RIA Novosti

Le gaz et le pétrole se sont si solidement insérés dans les chromosomes slaves que tous nos rapports semblent exhaler leurs odeurs spécifiques. C'est une génétique étrange, mais rien à faire en ces temps de crise. D'autant plus que la plupart des parents génétiques ont déjà adhéré à l'OTAN, ou bien ils aspirent à y adhérer. Sinon à l'OTAN, du moins, à l'Union européenne. Il faut être conforme à notre époque et à tous ses courants contemporains, parmi lesquels se distinguent ceux du Sud et du Nord (South Stream et Nord Stream), avec toutes leurs composantes et leurs dérivés. Ils sont capables de détériorer certains "alliages slaves" (russo-ukrainiennes) et de renforcer d'autres. La dernière variante concerne la Serbie

Le président russe Dmitri Medvedev est arrivé le 20 octobre en visite officielle à Belgrade à l'invitation du président Boris Tadic (considéré plutôt pro-occidental que pro-slave) à l'occasion de la célébration du 65e anniversaire de l'affranchissement de la capitale yougoslave des envahisseurs fascistes. En réalité, cette visite a été prévue comme un important sommet d'affaires visant à promouvoir concrètement le projet South Stream, les projets relatifs à l'énergie électrique et au nucléaire civil et discuter de l'octroi d'un prêt de stabilisation de plusieurs millions de dollars à la Serbie.

En Russie, ces questions économiques sont ordinairement confiées au premier ministre, mais, dans ce cas serbe concret, Dmitri Medvedev fait figure de "président exceptionnel".

Alors qu'il était vice-premier ministre et président du conseil des directeurs de Gazprom, Dmitri Medvedev s'est rendu en février 2008 à Belgrade pour signer l'accord sur la participation de la Serbie au projet South Stream. Depuis, il contrôle lui-même les activités pétrogazières russo-serbes. Pas plus loin qu'en décembre dernier, Medvedev et Tadic ont signé à Moscou un accord portant sur l'achat par Gazprom de 51% des actions de la compagnie nationale serbe "Industrie gazière serbe" (NIS), sur l'achèvement de la construction, avec l'assistance des entrepreneurs russes, du grand entrepôt de gaz Banski dvor et un autre sur le début de la construction du gazoduc South Stream.

A présent, au cours du sommet serbo-russe à Belgrade, tout cela est porté à un nouveau niveau "intangible" par de nouvelles séries d'accords. Rappelons que le gazoduc South Stream passera de la Russie par le fond de la mer Noire vers la Bulgarie où il se divisera en deux branches, dont l'une sera serbe (environ 400 km), qui se dirigeront vers l'Autriche. Il est prévu de commencer la construction déjà en 2010 et d'achever tous les travaux vers 2015. Selon les récentes ententes intervenues avec le géant énergétique ENI, principal partenaire de la Russie dans le cadre de South Stream, le gazoduc acheminera non pas 30 milliards de m3 de gaz russe et, probablement turkmène et azerbaidjanais, mais 63 milliards de m3. Pour l'instant, le coût total du projet est évalué à environ 10 milliards d'euros.

Malgré l'opinion largement répandue, on ne peut pas dire que tous soient en Serbie des amis de la Russie et des partisans de South Stream. Ce pays est divisé depuis plusieurs années, d'une part, en ceux favorables à l'Europe et à l'adhésion à l'UE et, de l'autre, en ceux qui sont pour l'indépendance et l'amitié avec les Russes. Force est de constater que le camp de ces derniers s'est quelque peu rétréci après les bombardements otaniens de 1999, lorsque Moscou avait fait beaucoup de déclarations, mais peu de démarches concrètes en vue d'arrêter cette barbarie. Après cela, les Serbes ont même presque cessé d'employer leur célèbre proverbe : "Dieu au ciel, la Russie sur terre".

Les partisans de South Stream sont déjà bien plus nombreux que ses adversaires même dans le gouvernement. Selon certaines estimations, ce gazoduc ne remédiera pas seulement à la pénurie de gaz en Serbie et lui évitera toutes sortes de "surprises de transit" de la part de l'Ukraine, mais la Serbie recevra aussi, en tant qu'Etat de transit, environ 150 à 300 millions d'euros par an (en fonction du rendement du gazoduc). Qui plus est, sa construction et son entretien créeront plus de 100000 nouveaux emplois en Serbie, ce qui n'est point insignifiant pour un Etat où le taux de chômage est d'environ 30%.

Puisque la Serbie et la Russie posséderont à peu près en commun le gazoduc, grâce à leurs compagnies gazières et pétrogazières, la Russie aura une importante tête de pont de l'infrastructure en Europe du Sud et, au bout de quelque temps, dans l'UE. Car la Serbie s'apprête déjà en novembre à déposer officiellement sa candidature d'adhésion à l'Union européenne. Il est encore trop tôt pour prévoir la date de son admission : l'Europe doit régler d'abord ses problèmes liés à l'adoption de sa constitution. Mais elle sera adoptée en fin de compte.

Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

 

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